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Quand la cigogne ne passera pas

Quand la cigogne ne passera pas
Illustration Adobe stock

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Lorsqu’elle croise une femme arborant son ventre rond à l’épicerie, elle poursuit son chemin la gorge nouée. Lorsqu’elle découvre sur son fil Facebook une nouvelle annonce de grossesse, la tristesse et l’angoisse l’envahissent. Pour celle qui rêve d’avoir des enfants et qui ne vivra pas le « miracle de la vie », le deuil sera long, complexe et souvent empreint de sentiments qui ne peuvent s’exprimer.

Un deuil multiple

Vouloir un enfant, quel projet de vie ! Il s’agit souvent d’un projet de couple mûrement réfléchi, d’un idéal dans lequel on se projette depuis notre tendre enfance et dont nos propres parents nourrissent l’espoir. Faire le deuil de la maternité, c’est d’abord faire un deuil de la capacité de devenir parent ou de mener une grossesse à terme. Toute notre vie, on a fait des choix. Après avoir terminé ses études, avoir trouvé un emploi, pour certains avoir acheté une maison, il arrive que l’enfant, lui, pour toutes sortes de raison, n’arrive pas. Après des mois, parfois des années d’essais infructueux pour « tomber enceinte », des sentiments de découragement, de frustration, d’injustice et de perte de contrôle peuvent entraîner une souffrance et des tensions au sein du couple. Non seulement ce deuil touche celui d’avoir une famille, de voir ses enfants grouiller près du sapin de Noël, mais il touche aussi l’identité propre de la femme. Peu importe nos croyances, les enfants représentent l’un des lieux où l’on pourra survivre au-delà de la mort. Vouloir un enfant est un désir fondamental, vital, lorsqu’il est au cœur du sens que l’on souhaite donner à sa vie. À quoi notre enfant ressemblera-t-il ? On sort les albums de photos et on tente de se faire le portrait de ce bébé imaginaire. Lorsque l’on sait qu’il sera impossible d’avoir un enfant, il faut aussi faire le deuil de ce bébé que l’on imaginait... et faire celui de tous les sentiments dont nous sommes privés : l’euphorie de la grossesse, le sentiment de plénitude de porter un bébé, le pouvoir incomparable de le porter, etc.

Tempête d’émotions

Bien qu’elle sache que ses sentiments sont irrationnels, la femme qui vit un deuil de la maternité peut ressentir, entre autres, de la honte, de la culpabilité, de la jalousie, de l’envie, de la colère et de la tristesse. Peu glorieuses, ces émotions sont puissantes et il peut être difficile de les admettre, car le sujet est encore tabou et peu de femmes osent en parler. Elle peut ressentir ou s’imaginer qu’elle prive sa famille d’avoir des petits-enfants et qu’elle incarne cet échec. Le couple, dont la sexualité est souvent affectée par la situation, souffre aussi parce que chacun peut la vivre bien différemment. Il est important de se rappeler qu’il est normal dans le couple de ne pas être toujours au même point au même moment.

Se reconstruire

Il faut savoir bien s’entourer, tant au plan psychologique, médical et familial pour pouvoir faire des choix : la procréation assistée, la famille d’accueil, l’adoption ou le renoncement. Il est ­important d’en parler avec les bonnes ­personnes, soit celles qui ne jugeront pas, qui sauront garder nos confidences et qui nous aideront à réfléchir. Surtout, il faut se donner du temps pour cheminer dans le deuil de la maternité. Avec le temps, on apprendra à se redéfinir, à trouver une identité en dehors de la maternité et à trouver un nouveau sens à sa vie. Bon nombre de femmes qui ont fait le deuil de la maternité sont devenues des références significatives, voire des mères substitutives pour les enfants de leur famille ou de leur entourage proche !