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Des taxis et des vies

Bonnardel Guilbault
Photo Agence QMI, Simon Clark Le ministre des Transports du Québec François Bonnardel

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Il a fallu un acte désespéré commis en direct à la télévision, vendredi dernier, par un propriétaire de taxis au bord de la faillite pour prendre la mesure du niveau de détresse que vivent les travailleurs de cette industrie et leurs familles.

Une industrie mal-en-point

Depuis l’établissement du système de permis de taxi dans les années 1970, dont certains valent jusqu’à 200 000 $, le gouvernement du Québec a cherché à rafistoler cette industrie à coups de réformes de structure.

Au fil des ans, elle a subi des transformations majeures sous l’impulsion du virage numérique et des exigences de la mobilité durable. Mais là où elle a frappé son Waterloo, c’est avec l’arrivée d’Uber sur le marché québécois.

Non seulement la concurrence déloyale de cette multinationale a bouleversé les règles du jeu, mais elle a pesé de tout son poids sur le gouvernement Couillard, qui a fini par implanter, dans la controverse, un projet pilote, en 2016, renouvelé pour la troisième fois en octobre 2018.

Le gouvernement Legault vient de reprendre le dossier et ouvre la porte à une déréglementation tous azimuts avec son projet de loi no 17 sur le transport rémunéré de personnes par automobile.

Le projet de loi prétend s’inscrire « dans une perspective d’équité ». Or, il vise à supprimer les permis de taxis, en contrepartie de maigres indemnités, ce qui place leurs propriétaires au bord de la faillite.

L’équité revêt ici une importance capitale. Car s’il est vrai qu’il faut diversifier l’offre de services, il faut aussi maintenir un point d’équilibre, surtout qu’Uber est connue pour agir dans l’illégalité, se soustraire au fisc et cacher ses revenus dans les paradis fiscaux.

L’uberisation de l’industrie du taxi n’est pas une fatalité. Oui à la modernisation, mais pas au prix de l’appauvrissement de nos familles.

Uberisation de l’économie

Au cœur de cette détresse, il y a l’avenir de milliers de Québécois frappés par la brutalité de ce capitalisme sauvage.

En jeu, 7070 propriétaires de permis de taxi, dont 870 titulaires qui en détiennent plusieurs. Des milliers de familles, des chauffeurs et leurs familles dépendent de ces petites entreprises.

Des citoyens qui ont fait confiance au gouvernement et investi les économies de leur vie dans ces permis, espérant en disposer à la retraite comme fonds de pension.

Pour eux, le taxi est le projet de toute une vie. C’est le cas notamment pour les Québécois issus de l’immigration.

Car de ces milliers de travailleurs qui vivent dans une détresse extrême en ce moment, plusieurs sont des immigrants (maghrébins, haïtiens, latino-américains, africains et asiatiques).

Certains sont des diplômés universitaires. Ils ont été rejetés, une première fois, par le marché du travail pour cause de discrimination. Or, les voilà réduits à la faillite, par leur propre gouvernement, victimes de déréglementation et d’uberisation de notre économie.

Le gouvernement Legault qui s’est montré résolu à « prendre soin » de ses immigrants a aujourd’hui l’occasion d’en faire la preuve.