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La présidence ukrainienne: du grand théâtre

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Il y a plusieurs bonnes raisons de s’intéresser à l’élection présidentielle en Ukraine, la première étant certainement que le pays a un très gros problème russe.

Non pas un problème russe comme les États-Unis en ont eu un en 2016, avec piratage informatique et désinformation massive. Humiliant, inquiétant, mais personne n’en est mort.

Le problème russe des Ukrainiens a pris la forme d’une rébellion et d’une invasion : rébellion armée de la minorité russophone qui a fait près de 13 000 morts et invasion manu militari d’une portion du territoire par l’armée russe.

En 2014, l’ancienne Armée rouge s’est installée en Crimée, une péninsule dans la mer Noire, certes russe pendant deux siècles, mais que Nikita Khrouchtchev avait officiellement donnée à l’Ukraine soixante ans plus tôt, à l’époque où l’« amitié soviétique » unissait Kiev à Moscou.

DES PROBLÈMES PLEIN LES BRAS

Celui ou celle qui accédera à la présidence du deuxième plus grand pays d’Europe n’aura donc pas de petits défis à relever, sans compter le reste des enjeux quotidiens. Trente ans après l’indépendance du pays, la population attend toujours une amélioration de son standard de vie. La corruption continue de gangréner la vie politique et économique. En fait, le désabusement s’est généralisé au point où, selon un récent sondage Gallup, seulement 9 % des Ukrainiens font confiance à leur gouvernement, le pourcentage le plus bas au monde.

Tout près de quarante candidats font campagne pour devenir président, mais trois seulement se distinguent, et non pas tant par leurs positions de base : ils promettent tous de récupérer la Crimée, de calmer la région du Donbass où sévissent les séparatistes russophones et de poursuivre les efforts pour joindre l’OTAN et l’Union européenne.

C’est surtout dans leur style et leur personnalité qu’ils se démarquent : une ancienne première ministre, accusée de donner dans le populisme, le président sortant — un milliardaire du chocolat — qui aimerait poursuivre sur sa lancée, et un comédien... qui joue le rôle d’un président — honnête, celui-là — à la télé ukrainienne.

La candidature de Volodymyr Zelensky fait beaucoup jaser. Ses adversaires lui reprochent une ignorance complète des affaires de l’État. C’est à peine d’ailleurs s’il a fait campagne : pratiquement pas d’interviews et très peu de rassemblements politiques. Il s’en est tenu à des vidéos sur les médias sociaux... et des spectacles humoristiques de sa troupe de théâtre. Et pourtant, il domine les sondages.

CHANGER LE MAL DE PLACE

Le succès de Zelensky ne devrait surprendre qu’à moitié. Il y a une mode, là, un filon, un pattern à ne pas prendre à la légère. Les gens n’élisent plus de dirigeants, de gestionnaires, ils veulent qu’on les divertisse.

Prenez Donald Trump. Son électorat avait assurément le vague à l’âme devant les bouleversements apportés par la modernité, le libre-échange et les valeurs traditionnelles qui prennent le bord. Je parie toutefois qu’un fort pourcentage de ceux et celles qui ont fini par se ranger dans son camp s’était d’abord pointé pour voir « la vedette », l’animateur de The Apprentice, le showman.

Les Italiens l’ont aussi compris. Aux dernières élections, le tiers de leurs voix est allé au « Mouvement 5 Étoiles », fondé par Peppe Grillo, un humoriste célèbre. M5S, un rassemblement vaguement anarchiste qui a promis tout et son contraire, dirige maintenant l’Italie. Avec l’extrême droite xénophobe à part de ça ! Rien de trop délirant !

Ce réflexe, je vous dis, est contagieux. Si l’immense bordel qu’est devenu le Brexit finissait par l’emporter, Boris Johnson pourrait succéder à Theresa May au poste de premier ministre. Boris Johnson, en voilà un autre clown ! L’économie de Sa Majesté va vraisemblablement prendre une débarque, mais les Britanniques auront de quoi se désennuyer.

L’Ukraine est coincée avec les Russes aux frontières, une corruption endémique et une économie qui est loin de profiter à tous. Vaut mieux en rire... c’est apparemment ce que s’apprêtent à faire les électeurs ukrainiens !

UKRAINE - SOUS ATTAQUE

 
Trois points centraux de tension
  • Le Donbass
  • La Crimée
  • Le détroit de Kertch et la mer d’Azov

UKRAINE - VERS LA PRÉSIDENCE

  • 7e élection présidentielle depuis l’indépendance en 1991
  • Premier tour, 31 mars
  • Si aucun candidat n’obtient 50 % des voix, le 2e tour entre les deux premiers candidats aura lieu le 21 avril
  • 39 candidats en lice, un record, mais trois candidats se distinguent:

Petro Porochenko

Photo AFP
  • 53 ans
  • Président sortant
  • Milliardaire du chocolat et des bonbons

Loula Timochenko

Photo AFP
  • 58 ans
  • Ancienne première ministre
  • Condamnée pour abus de pouvoir, elle a purgé 3 années d’une peine de 7 ans

Volodymyr Zelensky

Photo AFP
  • 41 ans
  • Comédien et gérant d’une troupe de théâtre
  • Incarne un humble professeur d’histoire devenu subitement président dans la série télévisée Serviteur du peuple