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Après l'enquête Mueller, le taux d’approbation de Donald Trump demeure stable

Après l'enquête Mueller, le taux d’approbation de Donald Trump demeure stable
AFP

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Au lendemain de la publication du résumé des conclusions du rapport Mueller, Donald Trump était triomphant, mais l’opinion des Américains à son endroit a à peine bougé.  

Dès la remise du rapport Mueller le 22 mars, l’information a filtré selon laquelle le procureur spécial ne recommanderait pas de poursuites criminelles. Immédiatement, le président s’est déclaré exonéré de tout blâme. Son sentiment a été renforcé par la publication du résumé du rapport par l’attorney general William Barr, le le 24 mars, qui appuyait en partie cette perception.  

Le rapport Mueller conclut qu’il n’y a pas suffisamment de preuves pour une poursuite au criminel contre Donald Trump et ses proches au sujet d’un possible complot avec des agents de la Russie qui ont tenté d'influencer les résultats de la campagne présidentielle de 2016 en sa faveur. Par contre, le procureur s’en remet à l’attorney general et, ultimement, au Congrès, pour déterminer s’il y a lieu de déposer des accusations d’entrave à la justice. Pour Donald Trump, ces nuances n’existent pas. Toute la semaine, il a martelé sa propre conclusion: exonération totale. Dans son esprit, libéré du nuage qui pesait sur lui, il devrait facilement regagner la confiance de l’opinion et, plus ou moins instantanément, voir ses appuis augmenter dans l’opinion. Qu’en est-il? 

Il est évident qu’il est encore tôt pour se prononcer définitivement sur l’impact de la fin de l’enquête Mueller, car le rapport n’a pas encore été rendu public. Il est aussi vrai que l’effet pourrait mettre du temps à se consolider. Par contre, ce genre d’événement couvert intensément par tous les médias peut souvent entraîner des changements rapides dans l’opinion, d’autant plus que la plupart des médias ont affiché à la une des conclusions proches de celles du président.  

Un impact limité ou nul sur le taux d’approbation 

Si les partisans de Donald Trump peuvent être portés à croire que cette exonération totale auto-proclamée a entraîné une soudaine augmentation de ses appuis dans l’électorat, ce n’est pas ce qu’en disent les données disponibles. 

Les principaux indices composés qui présentent une moyenne de tous les sondages publics n’ont enregistré que des variations modestes qui ne permettent pas du tout de se prononcer sur un effet significatif.  

L’indice du site RealClearPolitics était à 43,1% d’approbation le 24 mars, avec un creux de 42,2 pendant la semaine précédente. Une semaine plus tard, le 31 mars, il se situait à 43,6%, avec un maximum de 44,0 le 28 mars. Le changement se situe donc entre 0,5 et 1,8 point de pourcentage (le taux de désapprobation est passé de 53,1% le 24 mars à 51,9% le 31 mars). Le changement est favorable à Trump, mais il est modeste et son ampleur n’est pas hors de l’ordinaire.  

L’indice du site FiveThirtyEight, pour sa part, a progressé de 41,4% le 17 mars à 42,1% le 24 mars (date de l’annonce l’annonce), pour ensuite faire du surplace dans la semaine qui a suivi la remise du résumé de Barr, passant de 42,1% le 24 mars à 42,0 le 31 mars (le taux de désapprobation est resté stable à 52,9% entre le 24 et le 31 mars). Bref, aucun effet. 

Comparer des sondages avant et après l’événement par une même firme peut aussi donner permettre de mesurer des changements. Dans ce cas-ci, il y a très peu de variations et certainement pas le grand bond en avant que Trump et ses partisans croient avoir fait. Voyons comment les deux firmes qui sondent plus fréquemment l’opinion ont mesuré le changement.  

Rasmussen, une firme qui donne systématiquement des résultats plus favorables à Trump que les autres, donnait un taux d’approbation de 45% le 22 mars et celui-ci est passé à 49% le 31 mars. Comme cette firme est une source très prisée des républicains, il n’est pas étonnant que ces derniers y voient une indication encourageante. On pourrait toutefois rétorquer qu’il ne s’agit là que d’un retour à une moyenne relativement stable mensurée par Rasmussen dans le mois qui a précédé la fin de l’enquête Mueller, alors que cette firme mesurait entre 47% et 50% d’approbation pour Trump pendant plusieurs semaines suite à la fin du «shutdown». Bref, Rasmussen mesure une amélioration de l’approbation pour le président, mais la variation est modeste.   

Le sondeur Yougov, (données rapportées par FiveThirtyEight ) indique un effet plus modeste. Le sondeur publie ses données sur une base presque quotidienne. Un sondage mené les 23-24 mars par Yougov plaçait d’approbation à 41%. Le sondage du 29-30 mars était à 43%. Par contre, il n’y a pratiquement pas de différence entre la moyenne des six sondages Yougov de la semaine précédant l’annonce (41,0%) et celle de la semaine qui l’a suivie (40,7%). Bref, Yougov ne perçoit aucun effet.  

Pourquoi si peu d’effet? 

Dans l’ensemble, on ne peut pas vraiment observer un changement important de l’appui en faveur de Donald Trump depuis la fin de l’enquête Mueller. La première raison pourrait être le faible degré d’attention que la majorité des citoyens américains porte à l’actualité politique. Pourtant, les événements qui ont entouré le début et la fin de la crise qui a entraîné la fermeture partielle du gouvernement fédéral pour plus d’un mois en décembre et janvier. Ont amené des fluctuations un peu plus importantes.  

L’explication la plus probante pour la relative faiblesse de la réaction de l’opinion à la publication des conclusions de l’enquête Mueller est la forte polarisation partisane de l’électorat américain. En effet, depuis que les sondages suivent systématiquement l’approbation des présidents (depuis la présidence de Harry Truman, 1945-52), Tous les présidents ont connu des fluctuations plus grandes dans leur appui populaire que Donald Trump et aucun président n’a suscité des différences aussi grande entre son niveau d’appui chez ses propres partisans et son appui chez les électeurs du parti adverse. Dans un contexte aussi polarisé, la marge de variation potentielle est très étroite.  

Dans les prochains jours, l’étude plus détaillée des sondages portant spécifiquement sur les réactions au rapport Mueller pourra peut-être permettre d’y voir plus clair. Pour le moment, ce qui semble clair est que la vaste majorité des Américains ont une perception assez solidement ancrée de leur président et les résultats de l’enquête Mueller tels que nous les connaissons à ce stade-ci seront insuffisants pour renverser l’opinion globalement négative qu’ont les Américains sur sa performance. 

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM . On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM