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Acrobaties accessibles

Elton Nika
Photo Chantal Poirier Les acrobaties sont impressionnantes et, du même coup, décourageantes. Or, selon Elton Nika, elles sont accessibles à tous. Chaque mouvement peut être décortiqué par étape pour une progression sécuritaire et jamais ennuyante.

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Et si l’envie de faire des pirouettes ne s’estompait pas après le premier versement d’une hypothèque ? A-t-on raté la chance d’exécuter un jour une roue sautée sans les mains si on n’a pas commencé la gymnastique aux couches ? Il n’est en fait jamais trop tard, et l’apprentissage d’acrobaties est une forme d’entraînement efficace et complet – première expérience à l’appui.

« Tout le monde peut faire un backflip, donne en exemple Elton Nika, directeur général de Paragym et athlète acrobatique depuis près de dix ans. C’est une figure spectaculaire, mais plutôt simple, qui exige avant tout un effort de coordination. »

Comprendre les mouvements

Je n’ai pas tenté de backflip – ou de salto arrière — après une heure de cours. Certains y arriveraient peut-être, comme cet athlète de CrossFit qui, même sans bagage de gymnaste, avait une telle force d’impulsion qu’il arrivait à flotter plus longtemps que la moyenne, ce qui lui laissait une certaine marge de manœuvre... pour manœuvrer dans les airs.

« Chaque athlète arrive à trouver une méthode qui lui est plus efficace, que ses forces touchent plus sa musculature, sa flexibilité ou sa coordination », explique Elton.

Certains, comme moi – et ils sont majoritaires – doivent surtout se fier à leur matière grise, ne pouvant pas s’appuyer sur des qualités physiques, disons, exceptionnelles. Et c’est à leur avantage !

« On a tendance à surestimer le mouvement et à sous-estimer ses habiletés. Il n’y a pas un seul type de corps qui peut exceller en acrobaties : il faut surtout travailler avec sa tête. Le mouvement, on doit d’abord le comprendre, le décortiquer étape par étape, avant d’arriver à l’exécuter », dit l’athlète. Il ne s’agit pas de se lancer la tête dans le vide. Le salto arrière part par exemple d’une propulsion des jambes, puis des hanches, et l’inversion se fait aisément par l’implication des genoux. Quant à l’atterrissage, « c’est la partie la plus facile ».

Réapprivoiser le potentiel de son corps

Beaucoup d’entre nous doivent aussi comprendre comment leur corps bouge. Le quotidien, et même les sports que l’on choisit de pratiquer, sollicite nos muscles de façon répétitive et souvent isolée. « À Paragym, on développe toutes les actions du corps, en force, en flexibilité, en coordination, autant au sol ou en mode aérien. On souhaite que le corps travaille ensemble, on cherche à le “réassembler” comme un tout », dit Elton.

Tête incluse ! Pour mener les jambes à la verticale dans une inversion, encore faut-il sentir lorsqu’elles sont bien droites et fermes. L’assistance d’élèves et celle du professeur nous permettent de « vivre » le mouvement en toute sécurité, afin que les connexions se fassent entre notre corps et notre tête.

Un monde peut en effet séparer ce que l’on pense faire et ce que l’on fait. Ces deux solitudes s’apprivoisent par tâtonnement, par des ajustements qu’on tente de ressentir et d’imprimer dans notre nouveau répertoire du possible.

À tout âge

Comme adulte, on a tendance à penser que l’impossible grandit à mesure que l’on vieillit. « Les gens croient qu’il y a ce dont ils sont capables et ce dont les autres sont capables. On a des athlètes de plus de 70 ans ! Peu importe notre niveau, on peut toujours commencer quelque part, puis progresser », encourage Elton Nika.

« Il n’est jamais trop tard », soutient l’athlète, qui s’est lui-même initié à 21 ans, donc plutôt tardivement, pour des disciplines comme la gymnastique.

Elton Nika s’est initié aux sports acrobatiques à 21 ans, sans bagage sportif particulier. L’athlète est aujourd’hui directeur général du Paragym à Montréal.
Photo Chantal Poirier
Elton Nika s’est initié aux sports acrobatiques à 21 ans, sans bagage sportif particulier. L’athlète est aujourd’hui directeur général du Paragym à Montréal.

« Nos meilleurs athlètes n’ont pas 10 ans, mais 30, 40, 50 ans ! Les enfants veulent juste se lancer, moins intéressés à la théorie. Les adultes préfèrent comprendre avant d’essayer un mouvement, et c’est la seule façon d’apprivoiser ses rouages », dit Elton. Et tous partagent cet air de gamin réjoui quand ils réussissent une première acrobatie. On n’est jamais trop vieux pour ça non plus.

À l’essai

La dernière culbute date d’au moins quinze ans, et je ne suis pas certaine qu’elle était même intentionnelle. Quant à la roue ou à l’inversion sur les mains, aucune exécution réussie en 35 ans.

Certaines personnes sont agiles, d’autres, comme moi, ont d’autres qualités physiques. Endurante, disons. Têtue, surtout.

Le cours d’agilité du Paragym commence par l’échauffement des poignets, des hanches et des chevilles. On se lance ensuite dans toutes sortes de déplacements au sol, qui sollicitent autant les muscles et les articulations que la concentration et la coordination — gauche, gauche, droite, droite, les mains d’abord, les pieds qui suivent juste après. Je suis contente que la salle ne m’impose pas mon reflet dans un miroir, mais j’avance, et je sens mon corps travailler.

C’est lorsqu’on commence à aborder des mouvements simples, mais qui me semblent inaccessibles, comme les inversions et les sauts, que je sens que je viens de frapper le mur de mes habiletés. Ça, je n’y arriverai pas. Tout le monde a des limites, après tout.

Par des adaptations et de l’assistance, j’ai compris que la distance à franchir n’était pas si grande, et surtout sans obstacles insurmontables. Apprendre à bien solliciter mon dos et mon tronc au lieu d’impliquer seulement mes bras en inversion, oser kicker suffisamment fort sans craindre de dépasser la verticale, répéter des enchaînements pour que les mouvements se déroulent de plus en plus fluidement, sentir mon corps travailler différemment, tout en ayant cette impression de jouer comme une enfant. Sans être « impressionnantes », mes acrobaties ont su m’étonner et m’encourager à explorer ce que je croyais auparavant impossible.