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Au moment où Jean Charest m’a recrutée, «j’avais l’impression que ma carrière était finie», dit Christine St-Pierre

Au moment où Jean Charest m’a recrutée, «j’avais l’impression que ma carrière était finie», dit Christine St-Pierre
Simon Clark/Agence QMI

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Christine St-Pierre s’est lancée en politique à l’âge de 54 ans, «parce qu’il était temps d’accomplir des choses», a-t-elle raconté à Emmanuelle Latraverse sur QUB radio. 

Après 31 ans à Radio-Canada, «j’avais l’impression que ma carrière était finie, a assuré la députée. Jean Charest est arrivé dans ma vie et il m’a dit "j’aimerais ça t’avoir dans mon équipe". Je le trouvais fougueux et il m’inspirait.» 

Au cœur du dernier règne libéral qui s’est achevé l’automne dernier avec la victoire flagrante de la CAQ, Mme St-Pierre a accueilli la défaite du parti comme un coup dur. «Je m’attendais à ce qu’on perde le pouvoir. L’usure était sur toutes les lèvres. Les Québécois ont choisi autre chose. Mais tu vis en démocratie tu acceptes la démocratie», croit-elle. 

 

Lorsqu’elle était ministre, Mme St-Pierre n’a jamais eu «le cerveau à off», cherchant constamment à améliorer le sort des citoyens. «J’ai mangé des claques sur la gueule, j’ai pleuré, mais c’est un monde fascinant, fantastique. Oui, c’est difficile, oui ça demande des sacrifices, mais les satisfactions sont inversement proportionnelles.» 

Après le pouvoir 

Aujourd’hui, toujours députée de la circonscription Acadie, elle écrit ses mémoires tout en étant présente pour les citoyens qui l’ont élue. «Le téléphone ne sonne plus. C’est un gros vide. Avant Noël, ça a été très dur. Tu te cherches. Ton cerveau ne travaille plus. La nature a horreur du vide.» 

 

En posant un regard sur les bonnes années de son parti, elle ressent beaucoup de fierté par rapport à ses accomplissements. «J’ai changé la Charte des droits et libertés du Québec pour y intégrer l’égalité homme femme. Je suis fière d’avoir refait toute la loi sur le patrimoine culturel. Monsieur Charest nous disait toujours "Si tu viens en politique pour être toujours bien coiffée et sentir le Chanel No5, oublie ça."»  

La politique, mais le journalisme aussi 

Ayant mis les pieds dans le monde du journalisme à l’âge de 20 ans, Christine St-Pierre peut se targuer d’avoir su gravir les échelons comme pas un. 

Fille d’un aviculteur dans la petite municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies, Mme St-Pierre a reçu l’ambition en héritage. «Mon père avait une 3e année et ma mère une 9e année. Mon père voulait que ses filles aillent loin dans la vie. Il était très malheureux de ne pas avoir fait d’études. 

Son emploi d’été à Radio-Canada l’amène à laisser tomber sa maîtrise en démographie. «En journalisme, je savais que j’étais dans mon élément. J’avais vraiment trouvé ma voie. Être au cœur de l’histoire, être là quand ça se passe, accompagner les évènements, les expliquer, essayer de les comprendre, être toujours sur l’adrénaline. C’est une drogue incroyable.» 

Autant sur la colline Parlementaire de Québec que d’Ottawa, Christine St-Pierre a porté tous les chapeaux. «C’était un peu plus discipliné à Ottawa qu’à Québec», a-t-elle confié durant le balado Emmanuelle présente... 

Puis, c’est finalement en tant que correspondante à Washington qu’elle atteint son plus grand objectif: «C’était la plus haute marche sur le podium dans ma tête. Ma carrière ne pouvait pas se terminer sans cette étape-là. J’avais postulé pour Paris, j’étais très confiante de l’avoir, mais on m’a finalement offert Washington. Je suis arrivée deux semaines avant le 11 septembre (2001). Ça a été toute une aventure.» 

Vivre le 11 septembre 2001 en tant que journaliste aux États-Unis n’est pas une expérience qui s’oublie. «Les sirènes étaient partout. On essayait d’aller en onde avec rien. On n’avait pas de sources particulières à la Maison-Blanche, se souvient-elle. Tu essaies de trouver, minutes par minutes, heure par heure, l’explication la plus juste possible.» 

 

Quatre ans plus tard, le retour au pays fut difficile. «Tous les diplomates vont dire la même chose: t’es dans un autre monde pendant quatre ans et tu reviens ici et tu frappes un vide total, t’essaies de te motiver. À Washington c’était moi le pilote de l’avion. Tu reviens et tu dois t’intégrer dans une équipe. Je n’aurais pas dû revenir à Ottawa. Faut pas revenir dans nos anciennes affaires. Mon conjoint me disait "Tu va être meilleure". Mais ça n’a pas été mon cas.» 

«Le féminisme va bien» 

Ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine durant plus de cinq ans, Christine St-Pierre a longtemps placé le sort des femmes au centre de ses préoccupations. Aujourd’hui, elle croit que «le féminisme va bien, mais il ne faut pas lâcher». «La mauvaise herbe va toujours pousser. Il faut entretenir notre jardin et l’agrandir, mais ça ne sera jamais terminé», image-t-elle. 

Parmi toutes les questions qui occupent les femmes aujourd’hui: la maternité. «Je l’ai dit à une jeune politicienne récemment: Ne renonce pas à la maternité, tu vas le regretter toute ta vie.» 

 

C’est dans un flot d’émotions contagieux que Christine St-Pierre s’est confiée à Emmanuelle Latraverse: «Je ne pouvais pas avoir d’enfant. J’aurais peut-être dû aller vers l’adoption. Est-ce que j’aurais été une bonne mère? Je crois beaucoup au destin. Si ça a été tracé comme ça, c’est que ce n’était pas prévu.» 

Par ailleurs, avec tous les combats qu’elle a menés, Mme St-Pierre est consciente que l’amour doit toujours être au centre de la vie. «Mon conjoint, c’est mon quai, mon port d’attache, celui qui me dit les vraies affaires. C’est ton premier critique, mais quand ça va très mal, c’est lui qui te dit qu’il t’aime quand plus personne ne t’aime.» 

La prise de pouvoir de la CAQ est arrivée comme un grand coup dans la structure libérale, mais Christine St-Pierre y croit encore. «Il faut beaucoup de passion et que ce soit contagieux, dit-elle, confiante. Le bateau est fort, il a besoin d’être restauré. Mais on va reprendre la mer.»  

  • ÉCOUTEZ l’épisode complet d’Emmanuelle présente... Christine St-Pierre:  

  

  

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