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Aux nostalgiques de Jean Chrétien

Jean Chretien
SÈbastien St-Jean/AGENCE QMI

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La politique, c’est comme dans la vie. La mémoire est parfois sélective. Surtout quand ça fait notre affaire. 

Prenez un des aspects les plus loufoques de l’«affaire» SNC-Lavalin. Je sais, il y en a plusieurs... 

Je parle ici de ce commentaire étonnant que l’on entend à gauche et à droite à l’effet que contrairement à Justin Trudeau, l’ex-premier ministre Jean Chrétien, lui, n’aurait jamais enduré la déloyauté de Jody Wilson-Raybould aussi longtemps. Bref, qu’il aurait réglé une crise similaire d’un coup de cuillère à pot. Ce qui laisse entendre que lui, c’était un vrai leader. 

Pardon? 

Comprenons-nous bien. Je l’ai dit et écrit souvent au cours des deux derniers mois : la gestion qu’a fait Justin Trudeau depuis le début de cette «crise», le 7 février dernier, est tout simplement lamentable. Impossible d’échapper au constat. 

Cela dit, idéaliser le leadership d’un Jean Chrétien en réaction ne tient pas la route. 

Primo, le même Jean Chrétien, quand il était premier ministre du Canada et chef du PLC, en «enduré» pendant des années le putsch larvé et patient de son principal adversaire, son très ambitieux ministre des Finances, Paul Martin. Après des années de magouilles pour succéder à Jean Chrétien, il a finalement réussi. Le reste, comme disent les Anglais, fait partie de l’Histoire. 

Jean Chrétien l’a «enduré» parce qu’il savait que Paul Martin était intouchable, mais il l’a enduré quand même. 

C’est en fait à une véritable guerre civile au sein même du PLC que ces deux hommes et leurs clans respectifs se sont livrés pendant très longtemps. 

Secundo, les références qu’on entend aujourd’hui au «leadership fort» de Jean Chrétien, très franchement, participent aussi de la nostalgie qu’ont certains de ces chefs autoritaires, un brin machiste et par conséquent, au caractère supposément fort. Or, la vraie force de caractère ne tient pas d’une attitude autoritaire. 

Tertio, Jean Chrétien, le présumé grand leader, est aussi celui qui, sous Pierre Eliott Trudeau, était l’un des principaux artisans du rapatriement unilatéral de constitution en 1981 sans l’approbation de l’Assemblée nationale, tous partis confondus. Une honte de dimension historique. 

N’oublions pas aussi que toujours sous le premier ministre libéral Pierre Elliott Trudeau, M. Chrétien était ministre pendant la crise d’octobre 1970 et l’adoption de la loi des mesures de guerre. Laquelle, au Québec suspendait les libertés fondamentales et mènerait à l’arrestation arbitraire de plus de 500 Québécoises et Québécois coupables de rien du tout. 

Et que dire de son rôle, comme premier ministre canadien, avant, durant et après le référendum du 30 octobre 1995 sur la souveraineté du Québec? 

Pour gagner à tout prix, il s’est comporté comme un petit potentat de province. Il a fait fi de tout respect des règles démocratiques les plus élémentaires et fait pleuvoir les fonds publics sur la «belle province». (Quelqu’un se souvient aussi du scandale des commandites qui a suivi?) 

En 2014, comme je le rapportais ici, Jean Chrétien, en entrevue, s’est même vanté de son rejet des règles démocratiques 

Petit extrait de mon texte : 

«Rappelant la remontée du Oui en fin de campagne en 1995 – une remontée similaire à celle qui précédait le référendum écossais du 18 septembre dernier, Jean Chrétien raconte sa réaction de l’époque au Sunday Post: 

«But in the last nine days I said to hell with the rules and organised a huge meeting in Montreal in which thousands of people flew in to send a message that we wanted Quebec to stay with us.» Traduction libre: «Dans les derniers neuf jours, j’ai dit au diable les règles et organisé une énorme rencontre à Montréal où des milliers de personnes sont venues de partout pour envoyer le message à l’effet que nous voulions que le Québec reste avec nous.» 

Eh oui. «Au diable les règles!», dixit Jean Chrétien. 

Si c’est ça, selon certains, le «vrai» leadership fort en politique, on repassera...