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Un Québécois payé pour fumer du cannabis

José Dominguez, de Sherbrooke, est le seul Québécois d'un groupe de huit Canadiens qui viennent d’être engagés pour tester du cannabis.  L’entreprise AHLOT avait reçu plus de 25 000 candidatures.
Photo courtoisie, AHLOT José Dominguez, de Sherbrooke, est le seul Québécois d'un groupe de huit Canadiens qui viennent d’être engagés pour tester du cannabis. L’entreprise AHLOT avait reçu plus de 25 000 candidatures.

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Tu sais que tu as réussi ta vie quand tes parents ont passé ton adolescence à te dire que fumer du pot gâcherait ton avenir et que tu te retrouves en 2019 à être payé pour le faire.  

C’est un peu ce qui arrive à José Dominguez. Il est le seul Québécois parmi huit personnes choisies qui recevront jusqu’à 1000 $ par mois pour tester différents produits de cannabis.            

Ça ne paye pas le chalet, mais ce n’est pas dégueu comme argent de poche.            

José, que je cite régulièrement sur ce blogue et qui a même déjà fait quelques critiques de produits de la SQDC pour nous, a été sélectionné parmi plus de 25 000 personnes au Canada pour goûter et évaluer du cannabis pour la compagnie torontoise AHLOT.             

On lui enverra pour au moins 150 $ de pot par la poste chaque mois et il sera payé 50 $ de l’heure (jusqu’à 20 heures $ par mois) pour remplir des fiches d’évaluation afin d’identifier les meilleures variétés.            

«C’est assez complet, par exemple on peut identifier une quarantaine de saveurs et décrire l’aspect visuel», explique-t-il.            

La compagnie fera ensuite des paquets composés «d’échantillons» de 5 grammes des meilleures sortes selon les goûts des consommateurs.            

«Il y aura par exemple des packages édition connaisseurs, édition bien-être, utilisateur occasionnel, etc.», explique José.            

Les huit personnes choisies formeront un «comité de curation» (pour le nom, on repassera). En bref, ils fumeront du pot et donneront leur avis.            

Vous vous dites peut-être que n’importe qui pourrait faire ça. «Moi aussi je peux rouler un batte et vous dire que je suis ben batté», comme cet avis «notable» laissé sur un site de critiques de cannabis qui, ma foi, est très éclairant.            

Sauf que c’est un peu plus compliqué que ça. José est capable de décrire avec précision le goût d’une variété de cannabis et il peut parler des terpènes et des effets. Il a par exemple remarqué que les femmes aiment particulièrement les variétés où les arômes d’agrumes sont présents. À force de fumer avec une personne, il apprend à connaître sa palette de goût et fait des suggestions sur mesure.            

Bref, il est un peu comme un sommelier de cannabis. Pas surprenant qu’il ait été choisi. Ça fait au moins 15 ans qu’il fait pousser du cannabis.            

Si vous pensez que tous les consommateurs de cannabis sont «vedge», je vous suggère de parler à José. Un vrai geek. Bientôt il faudra dire «connoisseur».            

Parents inquiets... puis vraiment fiers  

Les parents de José ont bien sûr été un peu inquiets quand ils ont découvert que leur fils nourrissait une grande passion pour la culture d’une drogue.            

«Mais on a toujours fait confiance à José, on a toujours su qu’il accomplirait de grandes choses, ont-ils expliqué. Nous sommes fiers qu’il soit une sommité dans cette nouvelle industrie.»            

José a commencé à cultiver du cannabis médical avec une autorisation de Santé Canada et a dû convaincre ses parents que c’était bel et bien légal. Puis il a développé ses propres variétés et, de fil en aiguille, il s’est bâti une réputation. Il a gagné 43 prix pour ses variétés dans différents concours internationaux et il est devenu maitre cultivateur et a fondé une compagnie de production de cannabis autorisés. Aujourd’hui, il travaille surtout comme consultant.            

Cet expert, aujourd’hui âgé de 37 ans, sera donc aussi «sommelier» à temps partiel pour AHLOT. Ce sera surtout l’occasion de continuer à construire sa réputation. «C’est aussi une façon pour moi de passer mes connaissances à ceux qui ne connaissent pas ça», dit-il.            

Parce que ce n’est pas tant le cannabis gratuit qui a attiré le cultivateur dans l’aventure, on s’entend.            

Et pour AHLOT, c’est aussi une façon de faire parler d’elle. L’industrie doit en effet redoubler d’ingéniosité pour développer sa marque tant la promotion est encadrée en matière de cannabis.            

Pour l’instant, les produits seront vendus en Albert, en Ontario et en Colombie-Britannique.            

J’ai l’impression qu’il faudra attendre un peu plus longtemps avant d’avoir «La trousse du débutant» ou la «collection mieux-être» comme on en voit au David’s Tea mais à la Société québécoise de cannabis.            

D’abord, la société d’État ne fait pas de rabais sur les achats regroupés et de toute façon, elle est ultra chatouilleuse sur tout ce qui pourrait être une forme de marketing.             

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Et pendant ce temps, dans un cours d’éducation choix de carrière (ça existe tu encore?) d’une école secondaire, des adolescents réfléchissent à leur avenir. Ils se demandent peut-être en quoi ça les aidera de savoir qu’ils sont de type artistique, entrepreneur, social ou conventionnel (Maudit sois-tu John Holland et ton RIASEC!)            

Et peut-être qu’un orienteur se fait demander à ce moment même par un jeune ce qu’il faut pour devenir un bon sommelier de cannabis.            

Quand je pense à tout ça, je ne peux m’empêcher de dire: non, mais quelle époque!