/opinion/columnists
Navigation

Une occasion manquée pour le président Trump

Coup d'oeil sur cet article

La fin de l’enquête Mueller et le sommaire diffusé par l’Attorney General William Barr auraient dû représenter un moment tournant très favorable au président Trump, mais il n’a pas su en tirer parti.

Les opposants de Donald Trump avaient misé gros sur l’enquête Mueller. Pendant des mois, au fil des mises en accusation, le procureur spécial a entretenu l’espoir qu’il finirait par piéger le président lui-même.

L’enquête a pris fin, mais la bombe attendue n’est pas venue. Selon ce qu’on en sait, Mueller juge qu’il n’y a pas de preuves suffisantes pour accuser Trump de complot criminel avec les Russes, mais il n’exonère pas le président d’entrave à la justice.

Dans une réaction aussi prématurée qu’exagérée, Donald Trump s’est dit victorieux sur toute la ligne et entièrement exonéré. Plutôt que d’en profiter pour tourner la page et regagner la confiance des électeurs, Trump a commis une série d’erreurs qui contribueront à l’isoler de ses alliés républicains, à repousser les électeurs modérés et à revigorer ses opposants.

Erreurs en série

On savait que Trump allait se dire blanc comme neige, mais il en a ajouté une couche en appelant à la vengeance contre ses tourmenteurs, sans autres preuves que les théories du complot colportées par la droite fêlée.

Pire, aux yeux de ses alliés républicains du Congrès, il a cru pouvoir profiter du moment pour ressusciter son projet de faire invalider la loi sur la santé de Barack Obama — Obamacare — sans rien proposer pour la remplacer. Pour les républicains, ce geste qui priverait des millions de personnes de bénéfices pourrait être électoralement catastrophique.

Il en va de même de l’appel aussi vague qu’alarmiste qu’a lancé Trump en faveur d’une fermeture complète de la frontière Sud jusqu’à ce que le gouvernement mexicain lui garantisse qu’il stoppera le flot de réfugiés d’Amérique centrale qui transitent par ce pays. En plus d’être extraordinairement difficile à réaliser, une telle fermeture pourrait avoir des conséquences économiques désastreuses.

Dans les deux cas, Trump devra faire marche arrière, faute de soldats pour mener le combat politique avec lui, et ses menaces sans suites signifieront qu’on le prendra de moins en moins au sérieux.

Pas sortis du bois

Depuis la fin de l’enquête Mueller, Trump continue d’agir comme s’il était traqué et qu’il avait encore beaucoup à cacher. Plusieurs observateurs ont noté la multiplication des occasions où le président, visiblement nerveux et irrité, tient des propos franchement incohérents.

Surtout, alors que Trump affirmait encore récemment souhaiter la publication intégrale du rapport Mueller, il est de plus en plus clair que son administration insistera pour en dissimuler le plus possible.

L’opinion publique américaine n’a pas gobé l’exonération autoproclamée de Donald Trump et ses appuis ont à peine bougé depuis la fin de l’enquête Mueller. Ce qui aurait pu être un moment tournant majeur en sa faveur n’est venu qu’ajouter au climat de confrontation que Trump alimente et exploite depuis son entrée en politique. On n’est pas sortis du bois.