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Des états généraux du bonheur

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Je suis troublé. Moi qui me suis toujours considéré comme un homme de gauche, progressiste, un « partageux », voilà que je me sens éclaboussé par ceux qui proclament détenir le monopole des idées de gauche et qui vilipendent en des termes odieux ceux qui ne pensent pas exactement comme eux. Pire, ils en font leur fonds de commerce, ils en vivent. 

Moi qui me suis toujours senti discriminé en raison de mes prises de position en faveur de l’indépendance du Québec, qui n’ai jamais caché mon parti pris en faveur du socialisme, qui ai vécu toute ma vie en minoritaire en raison de mes choix assumés, de mes opinions qui sont loin de faire l’unanimité puisque nous ne sommes pas encore indépendants, voilà que je suis montré du doigt comme étant raciste, xénophobe, suprémaciste blanc et fermé aux « autres ». Ces nouveaux moralisateurs répandent leur fiel sur des journalistes et des chroniqueurs comme moi en les accusant du plus grave des crimes. 

Ces nouveaux curés, représentés fièrement aussi bien par Justin Trudeau et Charles Taylor que par la député QS Catherine Dorion et ses zélotes, ne se gênent plus pour diffamer, sur tous les micros ou toutes les tribunes, ceux qui réclament un État 100% laïque et français. 

Comment en sommes-nous arrivés là? Moi le radical d’hier, fiché par tous les corps policiers, qui fut emprisonné, matraqué à plusieurs reprises, menacé de mort, blessé par balles, exilé, je suis maintenant un ennemi de la « Cause », qui nuit à l’avènement d’une société idéale. Pourtant, de 1963 à 2019, je n’ai jamais changé ma veste de bord, comme plusieurs l’ont fait. Je suis toujours le même, épris de justice, de liberté et rêvant d’un Québec libre où tous les Québécois et Québécoises pourraient s’épanouir librement, travailler et contribuer, chacun selon ses moyens, au mieux-être collectif. 

On a instauré un climat de peur et de haine, on n’ose plus parler librement, craignant toujours le tribunal de la vindicte partisane. Je serais devenu, moi aussi, sans aucun doute, un « agent provocateur de la radicalisation ». Quelle radicalisation? Celle qui encouragerait au racisme, à la peur de l’autre, parce que nous voulons une société simplement laïque? Celle qui s’opposerait au multiculturalisme propre à Trudeau et à QS? 

Quel paradoxe! Ce sont plutôt ces accusateurs qui contribuent à ce climat de méfiance, de haine en la banalisant et en mettant une bonne partie du peuple québécois au ban de la société. Ça, c’est vraiment grave et dangereux. Plutôt que de chercher des consensus, des dénominateurs communs, on provoque des coupures, des scissions, des divisions. Moi, je suis de la vieille école, celle qui cherche la plus large unité des forces progressistes autour de projets émancipateurs, pas la division partisane en pensant détenir le monopole de la solidarité. 

Pourquoi ne pas organiser des États généraux autour des thèmes qui nous rassemblent : la langue, la culture et l’éducation, la laïcité, le territoire et sa protection, les changements climatique, la solidarité et le partage des richesses, etc., en dehors des partis politiques, sans chicanes ni mesquineries partisanes? Des États généraux du bonheur et du progrès, que ça s’appellerait. Des débats d’idées qui prouveraient une fois pour toutes que nous sommes quelque chose comme un grand peuple. Comme un immense buffet où il y en aurait pour tous les Québécois. 

Des états généraux où tout le monde serait convoqué, représentants d’instances syndicales et communautaires comme ceux qui ne sont représentés par personne, un immense forum de discussion qui se promènerait de régions en régions, atteindrait tous les foyers grâce aux nouvelles possibilités de communication. Nous aurions enfin un portrait de nous-mêmes, de notre identité. Nous pourrions enfin affirmer que nous ne sommes pas racistes, car je sais que collectivement nous ne le sommes pas. Nous sommes simplement un peu fatigués et exaspérés qu’on ne nous respecte pas, qu’on ne respecte pas notre idiosyncrasie, notre langue et notre culture. 

Je ne dis pas que nous n’avons pas de défauts. Je dis simplement que nous sommes ce que nous sommes et devons en être fiers.