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Tuer ses enfants est l’un des pires crimes, dit la Couronne

Un minimum de 14 ans de prison est réclamé pour un double infanticide

Procès Adèle Sorella
Photo d'archives, Martin Alarie Adèle Sorella était en liberté pendant le procès pour les meurtres de ses enfants. Elle est maintenant détenue depuis que le verdict de culpabilité a été prononcé, le mois dernier.

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Le meurtre d’enfants est l’un des pires crimes qu’on doit dénoncer, a plaidé vendredi la Couronne, en réclamant qu’une mère de Laval ayant tué ses deux fillettes passe au moins 14 ans derrière les barreaux.

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« Le double meurtre d’enfants commis par une personne en position d’autorité est un bris extrêmement grave du lien de confiance », a insisté Me Simon Lapierre, au palais de justice de Laval.

Le procureur, qui représente la Couronne avec Me Nektarios Tzortzinas, a demandé à la juge de la Cour supérieure Sophie Bourque d’accorder une attention particulière à la dénonciation que nécessite l’infanticide.

Le mois dernier, au terme d’un procès de quatre mois et de six jours de délibérations, un jury a reconnu Adèle Sorella coupable des meurtres non prémédités de ses fillettes de 8 et 9 ans.

Prison à vie

Cela entraîne automatiquement une condamnation à la prison à vie.

La juge Bourque doit déterminer la période minimale — entre 10 et 25 ans — que la femme de 53 ans doit purger avant d’être admissible à une libération conditionnelle. La Couronne suggère que la barre soit fixée à 14 ans.

« La période d’inéligibilité qu’on vous demande n’est pas exemplaire. Elle est proportionnelle et tient compte de toutes les circonstances », a soutenu Me Lapierre.

Le double homicide a été commis il y a 10 ans, dans la résidence cossue de Sorella et de son mari, Giuseppe De Vito, à Laval.

Mari mafieux

Le caïd du crime organisé, aujourd’hui décédé, était recherché dans le cadre de l’opération antimafia Colisée et était en cavale lors des meurtres, le 31 mars 2009.

Les corps inanimés d’Amanda et Sabrina De Vito ont été découverts par des proches de Sorella, après qu’ils aient reçu un texto inquiétant de celle-ci.

Une chambre hyperbare trouvée dans la maison pourrait avoir causé la mort des fillettes, selon une pathologiste, mais cela n’a toutefois pu être établi avec certitude.

Adèle Sorella a été arrêtée plus tard dans la soirée, après un accident de voiture.

Au terme d’un premier procès, en 2013, la mère de famille a été reconnue coupable des meurtres prémédités de ses filles.

La Cour d’appel a toutefois ordonné la tenue d’un nouveau procès en 2017, en raison d’erreurs de droit dans les directives données au premier jury.

Lors du second procès, la défense espérait un verdict de non-responsabilité criminelle, que le jury n’a pas retenu.

Vendredi, lors des observations sur la peine, Me Pierre Poupart, qui représente Sorella avec son frère Guy Poupart, a longuement insisté sur la problématique de santé mentale de sa cliente.

Le criminaliste a souligné que la meurtrière avait passé la majeure partie de sa détention antérieure — totalisant un peu plus de cinq ans et demi — à l’Institut Philippe-Pinel plutôt qu’au pénitencier.

Tragédie grecque

Adèle Sorella a vécu dans un état de catatonie pendant plusieurs semaines et présentait un important risque de suicide.

Me Poupart a qualifié cette situation de « tragédie aux proportions qu’auraient enviées les meilleurs auteurs et dramaturges de la Grèce antique ».

Il a réitéré à la juge Bourque qu’à son avis, il n’y avait aucune raison de s’écarter du minimum de 10 ans de détention.

« On n’impose pas une peine de prolongation à une personne qui n’a aucun risque de récidive, qui n’a jamais été délinquante, qui ne présente pas de risque pour les autres. Ça n’a pas de sens », a-t-il martelé.

La défense a porté le verdict en appel.


♦ La juge Bourque tranchera en juin.