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Justin Trudeau est-il un faux féministe?

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Justin Trudeau est un faux féministe ! Cette accusation, les conservateurs, les néo-démocrates et plusieurs commentateurs anglo-canadiens, sur le bord de la crise d’apoplexie dans l’affaire SNC-Lavalin, l’ont lancée à répétition au premier ministre.

Son « crime » serait d’avoir empêché son ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould de faire son boulot en toute indépendance et de l’avoir rétrogradée pour la punir.

Un bon ami a l’habitude de dire que Justin Trudeau n’est qu’un acteur qui « joue » le rôle de premier ministre. Pour avoir exclu Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott de son caucus, le serait-il au point même d’être un « faux » féministe ? La réponse courte est non.

Dès après sa victoire en 2015, il s’est assuré de composer un Conseil des ministres paritaire. Les femmes ministres étaient tout aussi compétentes que leurs collègues masculins. En janvier 2017, Justin Trudeau a dégommé Stéphane Dion du prestigieux ministère aux Affaires étrangères. Sans le moindre état d’âme, il l’a remplacé par une femme, Chrystia Freeland.

Victime autoproclamée

Pour ce qui est de Jody Wilson-Raybould, autoproclamée la grande victime d’une supposée ingérence politique sur le judiciaire par Justin Trudeau dans le dossier SNC-Lavalin, rien de ce qui lui est arrivé dénote la moindre attitude antiféministe chez M. Trudeau.

Bien au contraire. Pour tout dire, c’est à se demander si un ministre qui, tout comme elle l’a fait à répétition, aurait tiré à boulets rouges sur son propre gouvernement n’aurait pas été exclu illico du Cabinet. En lieu et place, Mme Wilson-Raybould a bénéficié et abusé d’une patience extrême du premier ministre.

Selon la CBC et le Toronto Star, elle lui aurait posé cinq conditions pour mettre fin à la même crise politique qu’elle alimentait pourtant gaiement. Une situation proprement loufoque. Elle exigeait la tête de deux de ses plus proches conseillers et du greffier du Conseil privé. Traitant M. Trudeau comme un méchant garnement méritant qu’on l’envoie dans le coin de la classe, elle exigeait qu’il reconnaisse publiquement avoir mal agi envers elle.

Acharnement

Tant qu’à y être, elle aurait même demandé à M. Trudeau de s’assurer que le nouveau ministre de la Justice, comme elle l’avait fait, n’autorise pas une entente de réparation pour SNC-Lavalin. Cela confirme son acharnement contre SNC-Lavalin et nous montre une élue se croyant plus puissante que le premier ministre dans la gestion des affaires du gouvernement.

Pour avoir déjà été conseillère d’un premier ministre, très franchement, je n’aurais pas donné cher la livre d’un ou d’une ministre qui aurait osé le traiter avec une telle condescendance. C’est pourquoi son éventuelle exclusion du Cabinet était l’inévitable terminus de ce très mauvais vaudeville.

La morale de cette histoire est celle-ci. Plus il y aura de femmes en politique, comme il se doit, plus il y aura également des luttes de pouvoir entre des hommes et des femmes, qu’ils soient de partis adverses ou d’une même formation.

Cela tombe sous le sens d’une présence accrue et longtemps souhaitée des femmes dans les lieux de pouvoir. Le féminisme, c’est ça, aussi.