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Un malaise à expliquer

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Le projet de loi sur la laïcité enflamme le Québec, et les passions se déchaînent dans une cacophonie de déclarations à l’emporte-pièce où s’entrechoquent l’émotion et la raison.

L’époque où l’État fricotait avec la religion est révolue. La neutralité et la laïcité de l’État sont aujourd’hui des faits accomplis et irrévocables. L’intitulé du projet de Loi 21 est donc trompeur. Il ne s’agit pas d’une « Loi sur la laïcité de l’État », mais bien d’une « Loi sur la tenue vestimentaire des employés de l’État ». C’est totalement différent !

Droit

Dans tous les milieux de travail, il existe un code vestimentaire, explicite ou implicite, allant de l’interdiction du port de jeans à l’obligation de revêtir un uniforme. En tant qu’employeur, l’État peut donc également interdire ou imposer tout élément vestimentaire qu’il souhaite. On peut certes exprimer ostensiblement son désaccord, mais l’État reste dans son droit.

En revanche, l’État a-t-il vraiment besoin d’interdire les marqueurs de foi ?

Pour éviter les dérives totalitaires, les démocraties s’astreignent à n’interdire que les pratiques qui causent préjudice à autrui. Or, la raison impérieuse qui motive que l’on sacrifie la liberté vestimentaire reste floue. Un signe religieux quelconque n’empêche pas celui qui le porte d’exercer ses fonctions avec neutralité, et l’absence dudit signe ne peut garantir l’impartialité.

Paradoxalement, autoriser les symboles religieux pourrait même servir la neutralité de l’État. Comme ils permettent de repérer facilement quiconque pourrait entretenir des biais, ceux qui les arborent pourraient justement être tentés de se surveiller davantage afin d’éviter d’être accusés de parti-pris, ou d’être affublés d’épithètes disgracieuses.

Malaise

L’État peut évidemment légiférer à sa guise. Mais pourquoi la vue de signes religieux provoque-t-elle un malaise aussi profond ? Et de quoi ceux qui les portent sont-ils coupables ? Ces questions demeurent malheureusement sans réponses. Ne nous étonnons donc pas si le débat sur la Loi 21 part en vrille !