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Annoncer les mauvaises nouvelles en personne

Josée Masson
Photo courtoisie, Annie Simard Josée Masson

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Fondatrice de Deuil-Jeunesse, la travailleuse sociale Josée Masson rappelle qu’il vaut mieux annoncer la mort d’un proche en personne. « Apprendre le décès de notre enfant, de notre père, de notre mère, de notre grand-mère par internet, par Facebook ou autres médias sociaux, c’est atroce. »

En entrevue, elle explique que le moment de l’annonce est important et qu’elle doit être bien faite. « Il faut éviter ça à tout prix », dit-elle en faisant référence aux annonces faites sur les médias sociaux.

En pareilles circonstances, il faut agir rapidement. « On l’apprend ? On va chercher le jeune, immédiatement, avant que, à un certain moment, un ami ouvre son Facebook, le voie et lui dise : eh, checke ça ! Et que ce soit sa tante qui est morte, par exemple, et qu’il l’apprenne par Facebook. C’est vraiment très important. »

« Et on appelle, de grâce ! Tu ne textes pas ça non plus : “Papa est mort”. Appelez. Parlez. Il faut y ­aller, même si c’est la nuit, même s’il est tard. Tu réveilles ton ­enfant. Tu ne peux pas jouer la carte qu’il ouvre son téléphone cellulaire le lendemain et qu’il ait ça comme message. On ne peut pas faire ça. »

Parler au lieu d’écrire

Josée Masson rappelle que les gens s’expriment par écrit, et que tout est plus facile avec la ­technologie. « Mais quand les sujets sont sérieux, il faut parler, il faut aller voir. Nos jeunes, quand ils ­apprennent ça, ils ont besoin de bras pour les entourer. Ils ont besoin d’amour. »

Et ça arrive ? « Plus souvent qu’on le pense, je peux vous le dire. C’est comme devenu la voie facile et, honnêtement, je pense que dans ce temps-là, les adultes n’ont pas fait leur travail. Leur travail de parent, c’est d’être présents, et d’assumer qu’il y a des annonces difficiles à faire dans la vie. »

Des pistes

Dans la réédition de son livre, Accompagner un jeune en deuil, Josée Masson explique ce qu’est un deuil, comment annoncer la mort d’un proche à un jeune, quels sont ses réactions et ses besoins, quel est le rôle de l’adulte. Elle fournit des pistes pour les proches, les intervenants, les enseignants.

L’organisme qu’elle préside, Deuil-Jeunesse, répond à un ­besoin, note-t-elle. « En 10 ans, on est passés de quelques ­interventions par année à ­plusieurs interventions par jour. Parce qu’on nous connaît plus, on fait appel à nous. Mais je pense aussi que ça sensibilise les gens au fait qu’il y a des façons de faire. »

« La majorité des appels qu’on reçoit, de la part de parents, de grands-parents, de voisins, parfois, c’est : “comment on annonce ça ?” Je suis contente qu’on ait cette préoccupation. Parce que si on se préoccupe de comment on annonce, on va se préoccuper par la suite de tout ce qui va se passer. »

L’annonce, ajoute-t-elle, est un moment que le jeune n’oubliera jamais. « Il faut que ce soit bien fait. Jamais ça ne sera facile. Mais quand on le fait bien, ça facilite le deuil, par la suite. »

Leur laisser le choix

À travers son livre, elle souhaite rappeler que le jeune est lui-même l’expert de ses besoins. « Le deuil, c’est unique. Il n’y a aucun enfant/adolescent qui va vivre ça de la même façon que l’autre. C’est celui qui le vit qui sait de quoi il a ­besoin. Ce ne sont pas les adultes qui doivent décider pour lui. »

  • Josée Masson est travailleuse sociale.
  • Elle est fondatrice et présidente-directrice générale de Deuil-Jeunesse, un organisme d’aide professionnelle pour les jeunes endeuillés et leurs familles.
  • Elle est aussi conférencière et lauréate de nombreux prix.
  • Il y a des points de service au Québec et au Canada : Deuil-Jeunesse : 1 855 889-3666 ou deuil-jeunesse.com

EXTRAIT

<b><i>Accompagner un jeune en deuil</i></b><br/>Josée Masson<br/>Éditions Trécarré, 392 pages.
Photo courtoisie, Éditions Trécarré
Accompagner un jeune en deuil
Josée Masson
Éditions Trécarré, 392 pages.

« Dès l’annonce du décès, dès les premières minutes, notre attitude sera décisive pour le développement des jeunes. N’ayons pas peur des mots. Le deuil fait partie de la vie. »

– Josée Masson, Accompagner un jeune en deuil, Éditions Trécarré