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Ce passé si proche et si loin

À Sherbrooke, les soirées d’humour des années 1990 au bar Les Marches étaient mythiques

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J’ai vécu un beau moment de nostalgie, une sorte de nuage sur lequel tu peux embarquer et flotter lentement, emporté par l’avalanche de souvenirs qui te reviennent l’un après l’autre.

Je suis allé faire un show de rodage dans un bar de Sherbrooke appelé Les Grands-Ducs de Wellington. C’est un bar LGBT, mais honnêtement, toutes les orientations sexuelles, incluant bien des hétéros, étaient présentes sur place.

Peu importe, mon article n’est pas là-dessus, même si c’est le fun de voir autant de monde s’amuser et rire ensemble tout en se foutant des préférences de l’autre au lit.

En route vers l’Estrie

Je suis parti en direction de l’Estrie mercredi dernier avec, à bord, Réal Béland et l’équipe technique de sa nouvelle émission, En Rodage. Pas besoin d’expliquer le concept, le titre le résume bien. Comme deux bons vieux chums qui ne se voient pas assez souvent, on oublie rapidement les caméras, et les questions de Réal ressemblent plus à celles d’un ami qui est curieux de savoir comment son chum se débrouille avec son nouveau show.

Je prends la sortie 55 sur la 10 pour aller me ravitailler dans le petit marché du coin que j’ai vu grandir au fil des ans. Je raconte à Réal que c’est une tradition, chaque fois que je vais faire un show en Estrie, j’arrête toujours là. Il part à rire et me dit : « Trop drôle, moi c’est la sortie avant. » Fun de voir comment on a tous nos petites manies.

Souvenirs de Sherbrooke

Je lui raconte pourquoi Sherbrooke restera toujours spéciale pour moi.

Après avoir remporté les auditions Juste pour rire en 1990, mon premier show professionnel a été dans un bar qui s’appelait Le Café du Palais, mais que tout le monde appelait simplement « Les marches », car le bar se situe en bas d’un escalier.

Les soirées d’humour des années 1990 aux Marches étaient mythiques. Toujours bondé de monde, c’était toujours le défi entre nous, les jeunes loups de l’humour, à savoir qui allait ressortir le plus fort ce soir-là. Si ça avait mal été, tu restais dans la loge à boire de la bière jusqu’à ce que ton lift reparte vers Montréal, car à l’époque de nos débuts, c’est pas tout le monde qui avait un char. Mais si tu avais fait un hit, ça te donnait assez de confiance pour cruiser la fille qui avait attiré ton attention au début de la soirée.

On a passé les 75 minutes en voiture à se relancer avec nos souvenirs du passé.

Finalement, en poussant un petit soupir de nostalgie, on a dit presque en même temps : « Triste que ces soirées n’existent plus. » Le Café a tristement fermé il y a longtemps, avec nos souvenirs cachés derrière des portes closes.

Et c’est là que la vie s’est amusée à faire ce qu’elle fait de mieux, t’envoyer ce moment précieux que tu ne voyais simplement pas venir. Mon GPS m’amène vers un stationnement au sud de la rue Wellington et, avec étonnement, je dis à Réal : « Tu me niaises, on est carrément derrière Les Marches. »

Vous devinez trop bien le reste, le nouveau bar est situé exactement là où nos souvenirs étaient enfermés.

Vous auriez dû voir nos yeux s’illuminer. Dès que l’on a mis les pieds à l’intérieur, on s’est amusé à reconstruire le bar comme dans le temps : « Tu t’en souviens, la scène était là, la loge plus à gauche et bla-bla-bla et bla-bla-bla. »

Mais le plus le fun, c’est que pendant quelques secondes, je regarde mon ami Réal partager ses souvenirs, et même s’ils étaient différents des miens, je trouvais ça juste génial de voir qu’ils alimentaient, eux aussi, le même sourire qu’on avait sur nos visages.