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Les justifications de QS sur la laïcité

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Beaucoup ont été surpris cette semaine en apprenant le rejet par Québec solidaire du consensus de la commission Bouchard-Taylor sur le port de signes religieux par les employés de l’État.  

Pourtant, il n’y a là rien de très surprenant. La nouvelle position de QS cadre merveilleusement bien avec ce que le parti défend et représente dans l’espace public. C’est leur position passée – soit l’appui aux recommandations de Bouchard-Taylor – qui constituait la donnée aberrante de leur programme.   

Cela dit, leur nouvelle posture n’est pas illégitime en soi. Il s’agit bien sûr d’une position complètement désincarnée de ce que pense la majorité francophone, en contradiction avec les valeurs féministes et le point de vue de la pionnière du parti, Françoise David.   

Ce qui est surprenant par contre, c’est le discours et les entourloupettes, utilisés pour justifier le changement de cap. Car, le problème de QS sur les signes religieux n’est pas tant la position adoptée que les justifications données qui ne font ni queue ni tête.   

Première justification tentée : « Il faut parler de la véritable crise : les changements climatiques et non la laïcité de l’État ». On tente ici de mettre le couvercle sur la marmite en détournant l’attention et en niant des inquiétudes légitimes d’une partie population.    

S’il souhaite progresser et atteindre un électorat plus large, QS devra apprendre à s’occuper de plus d’un dossier à la fois. En politique, on doit marcher et mâcher de la gomme en même temps.   

La deuxième justification de QS consistait à expliquer que la laïcité doit s'incarner par les institutions, et non pas par les individus. Quelque chose de fondamentale semble par contre leur échapper ; les institutions ne sont que des coquilles vides sans les individus qui les composent. La justice n’existe pas sans juge. Idem pour un hôpital sans infirmière, préposé(e)s ou médecins. Pareil pour une école.   

Prenons le dossier de la parité homme-femme ; dites-moi comment une institution officiellement paritaire pourrait-il exister sans une réelle parité d’individu en chair et en os ?   

Bref, les institutions sont d’abord et avant tout incarnées par les personnes qui y travaillent.    

La dernière et troisième justification constituait, à l’aide de pirouettes verbales que seuls leurs porte-paroles étaient en mesure d’expliquer, à expliquer que le cas par cas sur lesdits signes religieux était inutiles ; GND et sa bande voulant se distancier « des cas hypothétiques et imaginaires ». 

La question qui nous vient tous en tête : à quoi sert une loi si ce n’est pas justement de baliser et trouver des solutions aux situations hypothétiques ?   

Éviter de légiférer sur le cas par cas cause justement ces situations boucaneuses que le Québec a maintes fois connues et qui continuent d’alimenter les inquiétudes.   

Si QS souhaite réellement faire la promotion et étayer sa nouvelle prise de position, cela doit passer par une pédagogie, et non par une culpabilisation insidieuse envers ceux qui appuient le projet de loi de la CAQ.    

On peut absolument être à contre-courant de ce qu’estime juste la majorité, mais encore faut-il que les explications données aient du sens et ne sombrent pas dans un populisme culpabilisateur.   

Sinon, nous assistons à un retour de l’avant-garde éclairée qui sait mieux que quiconque ce qui est bien et mal.