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Tête froide et nerfs solides

Tête froide et nerfs solides
Photo Simon Clark

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La dernière fois que j’ai vérifié, le Québec était une démocratie.

Nous sommes gouvernés par ceux qui remportent les élections, et ceux-là mettent en place les politiques annoncées avant d’être élus.

La CAQ avait affiché ses couleurs en matière de laïcité, et a remporté une victoire éclatante.

La légitimité du gouvernement Legault­­­ est donc indiscutable. Il ne vire pas son capot de bord comme QS.

Hystérie

S’il y a quelqu’un à blâmer pour le pourrissement actuel, c’est le PLQ, qui a procrastiné pendant 10 ans, parce qu’il savait que restreindre le port de signes religieux déplairait surtout à sa propre clientèle électorale­­­.

Entendre aujourd’hui des opposants se réclamer de Gandhi ou de Martin Luther King est risible.

Il est cependant moins drôle de voir des municipalités annoncer qu’elles ne respecteront que les lois qui leur conviennent.

On ne sera pas étonné que ce soient des municipalités où fleurissait le partitionnisme territorial pendant les années 1990, et une condescendance à l’endroit du Québec français jadis qualifiée de « rhodésienne » par René Lévesque.

Se souvenir que Camille Laurin avait jadis été traité de « nazi » quand il dévoila la future loi 101 permet aussi de relativiser les niaiseries entendues ces jours-ci.

Plus cette hystérie atteindra des sommets, plus les appuis au gouvernement Legault se solidifieront dans le Québec silencieux.

Le gouvernement est d’autant plus légitimé d’agir que son projet de loi est infiniment plus modéré que ce que l’on voit ailleurs et que ce qu’il aurait pu être.

Il aurait fort bien pu s’appliquer aux CPE et aux écoles privées, mais on a sans doute eu raison de conclure que la bouchée était bien assez grosse comme ça.

Denise Bombardier notait que la rage des opposants s’explique par le fait qu’ils savent que la partie est perdue d’avance.

J’ajouterais une deuxième raison : ils enragent de voir que le Québec ose faire à sa façon dans le Canada d’aujourd’hui.

Pour les multiculturalistes à tout crin, la seule et unique spécificité québécoise encore tolérée est de parler­­­ français. Pour tout le reste, il n’y a qu’une manière admissible d’être Canadien.

Rester calme

Le déchaînement des passions tient aussi beaucoup à l’incroyable confusion intellectuelle de notre époque, où les religions, qui sont des idées, donc aussi critiquables que n’importe quelle autre idée dans une société libre et démocratique, sont traitées comme des races.

Il faut voir cet amalgame pour ce qu’il est : une manière grossière de tenter de faire taire toute critique.

C’est justement parce que nos sociétés sont de plus en plus diversifiées qu’il est devenu nécessaire d’affirmer la neutralité de l’État par rapport à toutes les croyances personnelles.

On nous invite à la « souplesse » et à la « modération ». On devrait s’interroger sur la « souplesse » et la « modération » d’une personne qui se dit prête à quitter le Québec ou à renoncer à la carrière souhaitée pour ne pas avoir à enlever un signe religieux pendant ses heures de travail.

Il faut garder la tête froide et maintenir le cap.