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À l’envers de la normalité!

<b><i>Une dent contre l’ordinaire</i></b><br />
Charles-Étienne  Ferland<br />
Éd. Prise de parole, 122 pages.
Photo courtoisie Une dent contre l’ordinaire
Charles-Étienne Ferland
Éd. Prise de parole, 122 pages.

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Le titre annonce parfaitement le programme : Une dent contre l’ordinaire, parce qu’il est franchement plus amusant de tout virer à l’envers !

Charles-Étienne Ferland a une imagination folle. Est-ce dû à sa formation en entomologie, branche d’études où il est à obtenir une maîtrise ? Le monde des insectes recèle tant de mystères !

Il en avait d’ailleurs fait état avec précision dans un premier roman d’anticipation publié l’an dernier. Dans Dévorés, Montréal – et le monde ! – était envahi par des guêpes géantes anthropophages. Le récit apocalyptique était très réussi.

Cette fois, il présente un recueil de 14 courtes nouvelles où, à nouveau, les bizarreries s’enchaînent.

Ça commence avec force, dès la première nouvelle intitulée « Appétit d’ordinaire ».

Nous sommes dans l’avenir, celui où on ne lit pas les livres parce qu’on les mange; celui où il faut caresser sa voiture comme un chat pour qu’elle démarre; celui où les téléphones sont littéralement des homards ! Le bizarre, c’est le monde d’avant, quand les humains n’avaient que deux yeux...

Les récits qui suivent ne sont pas tous aussi déjantés, mais ils ont chacun un aspect qui sort de l’ordre des choses. Ainsi, un loyer rénové, repeint, abordable, au proprio aimable, idéalement situé au centre-ville de Hull, est-ce un rêve ? Ça vire plutôt au cauchemar ! Et la possibilité de conserver ses ancêtres dans des dômes de verre, c’est de l’attachement ou de l’acharnement ?

Le développement des voyages virtuels, des plus plausibles, nécessite néanmoins encore quelques mises au point comme le montre la troublante nouvelle « Le numéro 407 ».

On va encore se promener entre un avenir totalitaire (dans la nouvelle « La cicadelle », chacun porte une puce de géolocalisation, ce qui n’empêche pas les complots et les rebondissements !) et un passé dont il ne reste que le souvenir. Ainsi d’une petite ferme d’autrefois en Saskatchewan. Vue d’aujourd’hui, elle relève du « havre mythique et intemporel », aussi imaginaire finalement que peut l’être la science-fiction.

Ferland régénère aussi d’antiques figures qui font trembler : pendant combien de temps un pendu du 18e siècle dont le corps avait aussitôt disparu, nourrissant de ce fait les légendes villageoises, peut-il se venger ?

Inventif

De même, la promenade entre la vie et la mort que fait Zoé, coursière à vélo de Montréal, a beau être invraisemblable, l’image du diable fait toujours son effet.

Bien sûr, l’entomologiste Ferland n’oublie pas les insectes. C’est même à une minuscule mouche que l’on doit la description de leurs formidables capacités, dans la nouvelle « Show-Bizz ».

Certaines des nouvelles du recueil ont d’abord paru dans d’autres publications. En les regroupant, Charles-Étienne Ferland fait voir non seulement la vaste palette de son inventivité, mais aussi son sens du dialogue, qui donne du rythme à ses histoires.

Quant à ses descriptions, elles sont suffisamment efficaces pour presque nous faire croire à l’inimaginable. Ferland le démontre : les connaissances scientifiques sont sans égal pour nourrir l’inventivité !