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«Un échec»: Laisser sa job à 100 000$ pour devenir humoriste

L’humoriste Geneviève Gagnon revient sur sa tournée solo « très difficile »

«Un échec»: Laisser sa job à 100 000$ pour devenir humoriste
Photo Martin Alarie

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 Certains médias avaient écrit qu’elle pourrait connaître autant de succès que Lise Dion. Pourtant, le premier one-woman show de Geneviève Gagnon – son seul en carrière – a été « un échec », en 2011, selon la principale intéressée. « Je l’ai vécu très, très difficilement. J’ai tout perdu », admet-elle aujourd’hui. 

 C’est lors du podcast Le carré de sable, mis en ligne il y a quelques jours, que Geneviève Gagnon a évoqué pour l’une des premières fois la douloureuse aventure de sa première tournée solo. En toute franchise, et avec le recul des années, elle voulait partager sa réalité. 

 « J’avais une job. Je faisais des galas et j’avais du fun. Quand est arrivé le moment de lancer le show, il a fallu que je la lâche, ma job chez Bell. La job que je visais pour le reste de mes jours. J’ai décidé de tout lâcher pour le faire. » 

 En entrevue avec Le Journal, Geneviève Gagnon a accepté de revenir plus en détail sur cette expérience. « Ce n’est pas tout le monde qui parle à cœur ouvert de l’échec », remarque-t-elle. 

 Vivre son rêve 

 À l’époque, elle travaillait depuis 15 ans chez Bell. Elle avait un salaire « à 100 000 $ facile ». Elle faisait trois voyages par année, avait une maison, des autos, un spa. 

 Mais le rêve de l’humour était très fort. Et puisqu’elle se faisait souvent remarquer dans divers galas, Geneviève Gagnon a décidé d’accepter l’offre du producteur Jean Forand, de l’Agence Timing, de lancer son premier spectacle solo. 

 « On avait fait une grosse mise en marché à l’époque, indique Jean Forand. Des diffuseurs avaient investi avec moi à l’époque au niveau de la publicité. On avait mis tout près d’un quart de million en publicité dans l’imprimé. » 

 Mère d’un ado, Geneviève Gagnon avait annoncé à son conjoint qu’elle lâchait tout pour vivre son rêve. « Mais rapidement, l’illusion est partie quand je voyais que les salles étaient vides et que je n’avais pas de paie qui entrait, car les autres devaient se payer avant moi. [...] Mais je ne me suis pas fait avoir. C’était dans le contrat. » 

 « Ça faisait mal » 

 Pendant trois ans, elle a tenté tant bien que mal de promener sa tournée à travers le Québec. « Les critiques du spectacle avaient été excellentes. C’est François Léveillée qui avait fait la mise en scène. Mais les gens ne voulaient pas acheter de billets à 30 ou 35 $ d’une personne qu’ils ne connaissaient pas », dit-elle. 

 Tout ce qu’elle avait comme revenu était alors le cachet minimum de l’Union des artistes. « C’était environ 175 $ par spectacle », se souvient-elle. Au fil des mois, elle a commencé à vider ses REER. « J’en vidais à coût de 2000 $ par mois. J’en ai arraché. » 

 « Tu ne dors pas bien quand tu ne sais pas comment tu vas payer ton loyer, confie-t-elle. J’étais dans le début de la quarantaine. J’avais un enfant. J’avais ma vie. Quand j’arrivais dans la salle et que je voyais les bancs vides, ça faisait mal. » 

 Comme si ce n’était pas assez, son conjoint l’a quittée en cours de tournée. « Quand tu prends la décision de changer de carrière, tout le monde paie autour, dit-elle. Je ne m’occupais plus de personne, juste de moi. Ç’a été les années les plus dures de ma vie, mentionne-t-elle. Et je vivais en même temps le plus beau rêve de ma vie. » 

 « Un soulagement » 

 Au bout de près de trois ans, et de 75 à 90 spectacles, Geneviève Gagnon tirait le rideau sur sa tournée. « Ç’a été un soulagement. Le dernier spectacle était à Granby. On a mis le décor dans le camion et on s’est dit bye. » 

 Avec le recul, Geneviève Gagnon et Jean Forand constatent que la tournée n’a pas été lancée au bon moment. 

 Leçon de vie 

 Même si elle affirme avoir « vécu l’enfer », Geneviève Gagnon ne regrette rien. « Ça m’a permis de me rendre où je suis aujourd’hui, dit l’humoriste et conférencière de 50 ans. Je suis très heureuse. » 

 En 2015, par pur accident, elle devenait virale sur les réseaux sociaux avec une capsule Cours Toutoune. Elle a lancé deux livres, qui se sont vendus à 30 000 exemplaires, et a conçu une application iPhone. Et même si elle affirme faire « beaucoup d’argent » avec ses conférences, Geneviève Gagnon assure ne plus courir de risque financièrement.