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La féministe qui aimait les combats ultimes

Virginie Fortin
Photo: Jocelyn Michel / leconsulat.ca Virginie Fortin

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Virginie Fortin n’est pas à un paradoxe près. Ardente féministe — elle s’était fait remarquer en 2017 avec son numéro Féminazie —, l’humoriste de 32 ans peut parler en entrevue autant de l’après-#MoiAussi que de sa passion pour les combats ultimes. Rencontre avec une artiste qui commence à faire beaucoup de bruit... dans le cosmos.

Dire que Virginie Fortin est un moulin à paroles est un euphémisme. En plus d’une heure et demie d’entrevue, l’humoriste aborde avec entrain une foule de sujets.

Tout y passe, que ce soit les spectacles qu’elle a déjà faits à Édimbourg (« l’an dernier, j’y ai joué dans une petite salle où il n’y avait qu’une famille d’Espagnols qui ne parlaient pas français, ç’a été pénible ! »), son séjour à Chicago en 2009 (« c’est là que j’ai fait mon premier stand-up, j’adore cette ville »), le mouvement #MoiAussi (« le climat de peur a changé de camp ») ou sa passion pour les arts martiaux mixtes (« je n’ai pas manqué un seul gala depuis au moins trois ans »).

En pleine tournée pour son premier spectacle solo, Du bruit dans le cosmos, Virginie Fortin sourit à pleines dents lorsque vient le temps de parler de ce tour de piste qui affiche complet un peu partout à travers la province. « Les critiques l’automne dernier ont été vraiment bonnes, dit-elle. Ça m’a donné confiance. Je sais que ce n’est pas un show d’humour conventionnel. »

Influences anglaises

C’est en regardant des humoristes anglais comme Stewart Lee, Bridget Christie et Daniel Kitson que Virginie s’est dit qu’elle pouvait faire un spectacle qui ne serait pas constitué de gags livrés à la mitraillette. « Avec ces humoristes, on sait que si on ne rit pas pendant quatre minutes, c’est parce qu’ils sont en train de bâtir quelque chose de plus grand. Bien humblement, je pense que je tends tranquillement vers ça. »

Même si les billets pour sa tournée se vendent bien, elle n’a pas l’intention d’étirer les représentations trop longuement. « Je ne veux pas faire trop de shows, pas plus que 120. Je ne veux pas me tanner », dit-elle.

Elle prévoit prendre congé cet été pour écrire de nouvelles blagues pour un futur spectacle. « Je vais peut-être retourner au Fringe, à Édimbourg. Mais je ne vais pas y faire de show, seulement en voir. »

Opéra rock

Le 9 mai, Virginie Fortin montera sur la scène du Théâtre Fairmount pour participer au spectacle Donovan, est-ce toi ? dans le cadre du Dr Mobilo Aquafest.

Écrit par son copain Philippe Cigna (Sèxe Illégal), le spectacle est décrit comme « une épopée musicale intersidérale présentant la vie, la mort et les exploits de Michel, notre sauveur de demain ». Léane Labrèche d’Or participera aussi au spectacle.

« Quand j’ai commencé à sortir avec Phil, en 2012, il me parlait déjà de cet opéra rock, dit Virginie. Mon prochain rêve était de jouer dans une comédie musicale, car j’aime beaucoup chanter. Je n’ai pas encore lu l’histoire complète du spectacle, mais je pense que ça se veut une dystopie qui est un commentaire sur la société capitaliste dans laquelle on vit. Il y aura des parts d’absurde et de chansons. »

 

L’après-#moiaussi

À l’automne 2017, différents scandales sexuels ont éclaté publiquement, dont ceux impliquant Gilbert Rozon et Éric Salvail. Le mouvement #MoiAussi avait été lancé dans la tourmente pour les victimes d’inconduites sexuelles. Un an et demi plus tard, peut-on dire qu’il y a un avant et un après #MoiAussi ?

« Ce n’est pas parce qu’on nomme le problème qu’il est tout à fait réglé, répond Virginie Fortin. Mais le climat de peur a changé de camp, j’ai l’impression. Il y a un moins grand malaise à verbaliser les inconforts ou les comportements sexuels déplacés. La première fois que j’ai fait du stand-up dans un bar, je portais un t-shirt et on m’a mis mon 25 $ dans ma brassière, en joke. Je n’en revenais pas ! Ne serait-ce que pour que cette joke-là n’arrive plus jamais... »

 

Rozon à Paris

Quand « l’affaire Rozon » a explosé, Virginie Fortin a pensé quitter l’Agence Juste pour rire avec qui elle travaillait. « À ce moment-là, j’étais passée par toute la gamme des émotions. Mais ç’a finalement été salutaire de rester. Je me suis dit que s’il y avait une entreprise qui allait maintenant se surveiller, c’était bien celle-là. »

En décembre dernier, à Paris, tout de suite après sa sortie de scène, Virginie a appris que Gilbert Rozon avait assisté au spectacle qu’elle venait de donner. « C’est la productrice qui me l’a dit. J’ai fait “pardon ?” Il est persona non grata à mes spectacles. Il est venu sans avoir été invité et il est reparti comme si de rien n’était. J’étais sous le choc total. Dans mon spectacle, je parle contre les gens à l’argent et contre les agresseurs sexuels. Je ne comprends pas comment il a réussi à trouver ça drôle. »

Rêves de cinéma

Dans quelques semaines, Virginie Fortin commencera le tournage de la troisième saison de la série Trop, pour ICI Radio-Canada Télé. « Je ne sais pas quand la saison sera diffusée, dit-elle. S’ils font comme avec les autres séries, je pense qu’elle pourrait se retrouver sur TOU.TV en septembre et à la télé en janvier. Mais ce n’est que moi qui spécule ! »

Quand elle était petite, Virginie rêvait d’être comédienne. « Mais avec l’impro et le stand-up, le rêve était devenu autre chose, dit-elle. Sauf que Trop a rouvert la petite porte. Je me sentais tellement imposteur au début. Mais maintenant, je me sens bien là-dedans. Je découvre de plus en plus que je suis capable. »

Voudrait-elle jouer au cinéma ? « Oui, j’aimerais ça. Il faudrait que ce soit un projet aussi motivant que Trop. Je ne veux pas non plus me lancer dans plein d’auditions. Mais si un projet le fun se présente, ce serait un prochain défi. »

 

Du UFC dans sa soupe

Les combats ultimes, Virginie Fortin en mange. Depuis quelques années, elle ne rate aucun événement du UFC (Ultimate Fighting Championship) et peut en parler pendant des heures. Comment est arrivée cette passion ?

« Tout le monde pense qu’il y a un gars dans ma vie qui m’a initiée à ça, mais non ! dit-elle. Je ne sais pas d’où ça vient. Ça m’a frappée. [...] En fait, je crois que c’est lorsque le UFC a ouvert la division des femmes, en 2013. Quand Ronda Rousey est arrivée, elle est devenue la grosse vedette. Elle a réussi à convaincre beaucoup de gens que les femmes savaient se battre. »

Virginie Fortin regrette de ne pas avoir apprécié ce sport plus tôt, quand elle travaillait au Centre Bell. « J’y étais dans les meilleures années de Georges St-Pierre. Ce sont des années gaspillées, selon moi, car j’étais dans les loges et je pouvais voir tous les combats. J’ai vu Georges gagner contre Matt Serra. Mais je n’aimais pas ça, à ce moment-là. Ça me faisait peur. »

Paradoxal

L’humoriste aime tellement ce sport qu’elle essaie souvent d’arranger son horaire de spectacles en fonction des combats. « L’an dernier, quand je faisais mes rodages au Théâtre Ste-Catherine, j’ai déjà dit au public que je ferais des photos très rapidement après le spectacle, car j’avais des amis qui m’attendaient à la maison pour un gala du UFC... (rires). »

« Je sais que c’est très paradoxal, parce que j’ai des valeurs féministes et ce sport-là est encore très macho, dit-elle. Mais c’est plus fort que moi. J’admire tellement les athlètes. [...] Et aussi sexiste et homophobe soit-il, c’est quand même un des rares sports professionnels où il y a souvent des femmes sur les combats principaux. »


► Virginie Fortin présentera Du bruit dans le cosmos du 11 au 13 avril, ainsi que les 23 et 24 mai, au Cabaret Lion d’Or de Montréal. Elle sera aussi au Théâtre Petit Champlain de Québec, les 26 et 27 avril. Les spectacles affichent complet.


► Pour toutes les dates : virginiefortin.com.