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Aimer du bout des doigts

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Ma grand-mère m’a confié qu’à mon âge, chaque fois qu’elle prenait l’autobus, elle espérait y trouver l’amour. Moi, c’est en faisant aller mes doigts que je compte le trouver.

Cinquante millions d’utilisateurs dont 79 % sont des millénariaux, 20 milliards de matchs, 1,5 million de rendez-vous par semaine : Tinder est l’application de rencontre de l’heure.

Je suis accro à Tinder. Dans le métro, en marchant et même aux toilettes, je fais défiler les profils sur mon téléphone. Si une photo te plaît, tu la fais glisser à droite. Si cette personne en fait autant avec la tienne, il y a un match ! Il n’en tient qu’à nous pour la suite. On se rencontre ou non, on s’embrasse ou pas, on se marie et on a de nombreux enfants ou non...

Je reprends mon « doigt »

J’ai visionné une entrevue où l’autrice française Julie Duportail, qui a mené son enquête sur l’application Tinder, parlait de son tout nouveau livre L’amour sous algorithme. J’y ai appris que l’application attribue une cote de popularité à ses utilisateurs, à leur insu. On décide pour moi, selon des critères physiques, qui j’ai le droit de rencontrer.

Imaginez si Cendrillon avait été sur Tinder, on lui aurait interdit la rencontre du prince parce qu’ils n’auraient pas eu la même cote.

L’amour ne se tient pas dans le creux de notre main avec un appareil qui nous présente des photos. L’amour se trouve à l’endroit où la vie nous conduira, et vous savez quoi ? Ce n’est pas nous qui décidons.

À trop vouloir orienter notre destin, on passe à côté de l’ingrédient le plus essentiel dans la quête amoureuse : le hasard.

J’en ai parlé à ma grand-mère qui est toujours de bon conseil et elle m’a dit : « La meilleure personne que tu puisses rencontrer, ne la laisse pas glisser entre tes doigts, c’est toi. »


► Madeleine Pilote-Côté est diplômée de l’École nationale de l’humour. Elle a remporté notre compétition « Les novices », visant à faire connaître à nos lecteurs de nouveaux chroniqueurs d’opinions.