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S’occuper du politique, une obligation syndicale

CSN
Photo Archives / Agence QMI

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La CSN s’est vu dernièrement remettre des constats d’infraction en contravention de la loi électorale. La FTQ avait été condamnée, au début de la décennie, pour ses interventions durant la campagne électorale. Heureusement, les amendes sont loin d’être salées, permettant alors aux grandes centrales syndicales d’assumer pleinement leur devoir de représentation syndicale.

Je ne compte plus le nombre de commentateurs politiques qui ont entretenu des airs de scandale autour de l’utilisation par les syndicats des cotisations des membres pour s’immiscer dans le champ du politique. Les politiciens ne sont pas en reste également dans cette prise d’attitude outrée à l’égard des syndicats pour leur action politique. Pourtant, les centrales syndicales manqueraient à leurs obligations de représentation de leurs membres, si elles n’agissaient pas pour influer sur le cours des lois et des politiques publiques. 

Les attaques de la droite ont été multiples au cours des dernières décennies pour restreindre les droits syndicaux et limiter la mouvance de transformation sociale dans laquelle s’inscrivent en général les grandes organisations syndicales. Menaces d’abolition de la formule Rand, complexification du processus de syndicalisation, lois répressives pour briser les grèves et parti pris gouvernemental pour le patronat ne sont que quelques exemples des manœuvres pour fragiliser les organisations de défense des travailleurs et limiter leurs actions à un strict rôle de courtier sans trop d’influence sur l’environnement social.

En sachant que la mission des syndicats est de promouvoir et de défendre les droits professionnels, économiques et sociaux de leurs membres, nous comprenons rapidement que leur action dépasse la négociation et l’application de la convention collective et va au-delà du strict bien-être de leurs membres. La qualité de vie de ceux-ci ne saurait évoluer sans un développement social et économique correspondant pour leurs concitoyens. Cette préoccupation est encore plus sensible chez les syndicats représentant le personnel dans les services publics alors que les revendications mises de l’avant ont un impact direct chez les usagers.

La vie au travail dépasse largement les rapports patronaux-syndicaux régis par une convention collective. Des lois, des règlements et maintes autres directives d’ordre public ou privé viennent conditionner l’univers du travail. Que ce soit le code du travail, la loi sur la santé et sécurité au travail, les lois pour contrer le harcèlement, la Loi de l’instruction publique, la loi de la fonction publique, les directives d’un ordre professionnel et bien d’autres, la vie au travail est assortie de contraintes que les syndicats ne sauraient ignorer. Il leur incombe ainsi d’influencer l’opinion publique et le législateur pour faciliter la vie de leurs membres et indirectement leur famille et leurs concitoyens.

Les infractions de la CSN et de la FTQ sont loin de se comparer aux fraudes et à la corruption de certaines grandes entreprises ou politiciens qui usèrent de stratagèmes illicites pour financer leur formation politique ou s’en mettre plein les poches. Ces deux centrales ont tout simplement voulu éclairer leurs membres sur les impacts négatifs de politiques mises de l’avant par certains partis. Pour ceux qui craignent une influence indue des syndicats par rapport aux associations patronales, le parti pris du premier ministre Legault pour la multinationale ABI aura de quoi les rassurer et leur montrer qu’il est plutôt loufoque de faire croire à une domination syndicale.

Coluche, en annonçant une éventuelle candidature présidentielle, rétorquait que si les politiciens pouvaient faire les clowns, il n’y avait pas lieu d’empêcher un clown de faire de la politique. Alors, si François Legault peut faire des relations de travail, je ne vois pas pourquoi les syndicats ne feraient pas de la politique!