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La souveraineté... des données

Periode des questions
Photo Simon Clark, Agence QMI Christian Dubé

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Finalement, Christian Dubé a dévoilé son truc pour amadouer Gaétan Barrette : des chocolats !

Dans ma chronique de samedi, je vous signalais l’étonnante bonne entente – voire le flirt – entre l’ancien ministre libéral de la Santé et le président du Conseil du trésor caquiste qu’il est chargé de critiquer.

Cela s’est passé lors d’une interpellation vendredi dernier (période de questions de deux heures sur un sujet précis entre un ministre et son critique, au Salon bleu).

Je les ai reçus hier à Qub radio. M. Dubé a raconté l’anecdote des chocolats... qu’on ne peut vraiment comprendre, paraît-il, car, a enchaîné M. Barrette, il s’agirait d’une blague d’élus à l’interne.

Parlons alors du fond : des données de l’État québécois. Car c’est de cela qu’ils ont débattu de manière cordiale, civilisée et – presque entièrement – non partisane, vendredi et hier.

Un tournant

Nous prenons conscience, de plus en plus, que nous sommes à un tournant extrêmement important en matière de données de l’État. Ce serait l’équivalent de ce qu’a été le pétrole jadis.

Complexe, le sujet ne passionne guère. MM. Dubé et Barrette parlaient hier de l’importance d’avoir une bonne qualité (ils utilisaient le mot « granularité ») de données afin que le gouvernement prennent des décisions éclairées : « L’État québécois est plus qu’imparfait à cet égard », peste M. Barrette.

Sur le plan de la sécurité, les constats sont inquiétants. Le ministre délégué à la Transformation numérique Éric Caire a admis hier publiquement que la situation du Québec en matière de données est « à risque ». (voir autre texte)

D’ailleurs, la semaine dernière, tous les ordinateurs de deux ministères (Ressources naturelles et Forêts) ont été fermés en raison d’une attaque informatique.

Les installations physiques de certains des centres où l’on stocke les données de l’État sont en piètre état : « C’est épouvantable. Ça tient avec de la broche et de l’espoir », a confié au collègue Nicolas Lachance, horrifié, M. Caire.

Des mesures doivent être prises d’urgence. Utiliser l’infonuagique pour réduire radicalement le nombre de centres de données (on passerait de 457 à 2 ou 3) et ainsi protéger nos données semble être une solution qui fait consensus.

Souverains sur nos données

Début février, Caire et Dubé annonçaient que ce serait des entreprises privées. Et peut-être même américaines : Amazon, IBM et autres GAFA ?

Plusieurs s’en inquiètent. À l’interpellation, Gaétan Barrette a rappelé que le gouvernement américain, « dans certaines circonstances », pourrait avoir accès à nos données stockées dans une de leurs grandes entreprises.

Confier nos données à une entreprise privée, même chez nous, pourrait nuire à l’accès à celles-ci. Christian Dubé réplique qu’il est possible, avec un bon contrat, de conserver la maîtrise de nos données stockées au privé. (Il est peu probable, a-t-il insisté hier, qu’elles se retrouvent à l’étranger.)

N’empêche, ne devrions-nous pas être totalement « souverains » sur nos données, pour reprendre un terme utilisé sans ménagement par M. Barrette ?