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«Mother Bell» a la couenne dure

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« Mother Bell », comme les Canadiens ont longtemps surnommé Bell Telephone, n’est plus depuis longtemps la bonne vieille grand-mère à qui Alexander Graham Bell a donné son nom.

Encore imbue de son passé glorieux, « Mother Bell » demeure aussi inflexible que lorsqu’à la fin du 19e siècle, Bell System étendait son monopole sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Bell demeure la première entreprise de télécommunications du Canada, mais Vidéotron la talonne de près au Québec.

Quand Québecor a acheté Vidéotron en août 2000, mettant au monde le premier géant québécois des télécommunications, celui-ci est devenu pour Bell son bogue de l’an 2000. Les relations entre les deux grands n’ont jamais été au beau fixe. Elles viennent de prendre une tournure dont il n’est pas facile de prévoir l’issue.

La semaine dernière, afin d’obtenir la « juste valeur » pour ses chaînes spécialisées, Québecor a rencontré des responsables du CRTC dans l’espoir que l’organisme qui régule les télécommunications trouve le moyen de forcer la résistance de Bell à augmenter ses prix de gros.

EN PRINCIPE, ON NÉGOCIE

En principe, les prix de gros accordés par les distributeurs aux chaînes de télévision se négocient entre les parties, le CRTC n’intervenant, s’il y a lieu, qu’en tout dernier recours. À l’exception de Bell, Québecor semble satisfaite des prix que lui consentent pour ses chaînes les autres distributeurs, dont Cogeco est l’un des plus importants.

Le CRTC n’étant pas chaud à l’idée de s’immiscer dans la dispute actuelle, des représentants de Québecor et de Vidéotron ont négocié, sans succès, vendredi dernier, avec les représentants de Bell Média et Bell Télé Fibe. La négociation ayant tourné au vinaigre, Québecor et Vidéotron semblent bien décidés à tenter un coup de force.

Durant la dernière partie des Canadiens de Montréal, samedi soir, ainsi que lors de l’émission La Voix, dimanche soir, les téléspectateurs ont pu voir au bas de leur écran un avis se lisant comme suit : « Abonnés de Bell : Bell a décidé de vous pénaliser. Le signal de TVA Sports sera suspendu dans les prochains jours ».

PAS LE PREMIER COUP DE FORCE

En réalité, à la veille des séries éliminatoires de hockey (dont TVA Sports possède les droits exclusifs en langue française), Québecor menace d’en priver les abonnés des services de distribution de Bell. Québecor veut ainsi forcer Bell à augmenter les prix de gros consentis à ses chaînes spécialisées. La menace aurait pris des proportions gigantesques si le Canadien de Montréal n’avait pas été éliminé des séries.

Ce n’est pas le premier coup de force de Québecor. Il y a 12 ans, à la suite d’un geste semblable posé par Shaw Communications, Vidéotron avait suspendu ses paiements au Fonds indépendant de télévision, paiements auxquels oblige le CRTC. La crise avait forcé la transformation du Fonds et mené à son remplacement par le Fonds des médias du Canada.

Les enjeux d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes, mais encore une fois, ils placent le CRTC dans une situation embarrassante. Ils mettent aussi à mal son autorité réglementaire. La situation pourrait-elle forcer le gouvernement fédéral à émettre une directive au CRTC ? Ce geste répugne toujours au gouvernement qui essaie de l’éviter par tous les moyens.

C’est à suivre...