/sports/others
Navigation

Neige, glace et froid jusqu’à Boston

group of runners running in winter forest marathon in falling snow
Photo Adobe stock Les coureurs de la métropole sont unanimes : 2018-2019 a été l’hiver le plus difficile sur leur motivation, par sa longueur et par ses conditions toujours variables dans lesquelles il était impossible de se sentir à l’aise.

Coup d'oeil sur cet article

On n’avait pas besoin de la dernière bordée pour se convaincre que l’hiver a été dur pour les coureurs de la métropole. Neige, pluie, verglas, froid et neige... depuis novembre. Lundi se déroulera la 123e édition du marathon de Boston. Est-ce que ces mois à s’acharner contre les éléments auront somme toute été payants ?

Oui... et non.

« S’entraîner sur des surfaces glissantes nous empêche de courir suffisamment vite pour stimuler notre système cardiovasculaire autant qu’on le ferait sur une surface stable », dit Guy Thibault, Ph. D. en physiologie de l’exercice et directeur Sciences du sport de l’Institut national du sport du Québec.

Courir, mais courir différemment

« Même si on a l’impression de vraiment pousser, on adaptera inconsciemment son effort pour se protéger des risques de chute. Sur le plan physiologique, on travaille conséquemment moins que désiré, et sur le plan mécanique — notre foulée, notamment — on ajuste aussi à notre insu. En somme, on ne s’active pas de la bonne façon pour optimiser son amélioration », ajoute le docteur en physiologie de l’exercice.

Hum ! Tout ce kilométrage hivernal envers et contre toutes les conditions climatiques aura donc été vain... ? Bien sûr que non. Se commettre à un événement comme le marathon de Boston (ou toute autre course printanière) nous force à bien développer notre forme pendant la saison froide.

« Le réflexe en hiver est d’autrement courir mollo et d’enchaîner les entraînements lents et continus. Or, on sait que ce sont les intervalles à haute intensité qui améliorent le VO2max, et que c’est cette qualité qui influence 70 % de la performance au marathon, dit Guy Thibault. Si on s’entraîne pour un marathon, on les répétera, les intervalles ! »

Tapis et piste intérieure ne sont pas pour les faibles

Il y a une telle glorification de ces coureurs qui courent dans trois pieds de neige, à -35 C ou qui affrontent 20 mm de verglas crampons aux pieds que ceux qui rentrent se réfugier au gym courir sur le tapis le font un peu honteusement.

« On sait que la mécanique est légèrement différente sur un tapis — il n’y a pas la résistance de l’air et c’est le tapis qui défile sous nos pieds —, mais y courir est tout de même ce qui se rapproche le plus d’un entraînement sur surface stable. C’est un excellent compromis ! », encourage le chercheur. Un autre plus, c’est que ceux qui s’adonnent au dreadmill (le surnom anglophone du treadmill qui en dit long !) tentent bien souvent de changer le mal de place de leur ennui en découpant leur temps en intervalles, ce qui s’avère au bout du compte bien payant sur leur forme.

Après les vacances dans le sud en Floride tout l’hiver, le summum reste néanmoins les entraînements sur piste intérieure. Il faut toutefois alors s’assurer de courir sur le corridor extérieur et de varier le sens de rotation (dans la mesure du possible) afin d’alléger l’effet des virages serrés répétitifs sur le corps.

Entraîner sa force contre l’adversité

Outre faciliter la constance en entraînement — la clé pour une progression réussie —, les sorties de course hivernale sollicitent les muscles stabilisateurs et, surtout, font travailler le muscle de la persévérance contre l’adversité.

Après des mois, et des mois, d’entraînements dans des conditions difficiles, on ne va certainement pas abandonner en pleine épreuve au premier obstacle. Lorsque l’énergie viendra à manquer, pensez au grésil en plein visage dans la noirceur d’une fin d’après-midi de janvier, à la neige cassonade qui a nui à votre traction foulée après foulée et à votre attention qui ne devait jamais montrer signe de fatigue afin que vous puissiez poser pied au sol sans vous retrouver les fesses en l’air.

En plein marathon, surtout autour du 32e kilomètre, la force du mental joue un rôle crucial, et on peut dire qu’elle a été éprouvée cette année.

Bon marathon !

Surveiller Mélanie Myrand

Mélanie Myrand a signé une performance de 2 h 33 min 17 s au marathon de Rotterdam, le 7 avril.
Photo courtoisie, Mélanie Myrand
Mélanie Myrand a signé une performance de 2 h 33 min 17 s au marathon de Rotterdam, le 7 avril.

Le 7 avril, la coureuse montréalaise franchissait la ligne d’arrivée du marathon de Rotterdam en 2 h 33 min 17 s, ce qui lui a mérité une neuvième position à ce marathon international. Son nouveau record personnel met à jour son inscription à la 6e position dans le palmarès des performances québécoises les plus rapides de tous les temps.

Pour performer aussi tôt en saison, Mélanie Myrand a bossé dur cet hiver, « un des pires hivers, disait-elle », enchaînant des semaines de plus de 140 km en plein cœur de janvier. À moins que les conditions ne lui permettent pas de soutenir l’effort désiré, l’athlète s’entraîne à l’extérieur la majorité du temps, par plaisir... facteur non négligeable sur la motivation !

En se penchant pour un marathon au printemps, l’athlète savait toutefois que pour atteindre son objectif principal — c’est-à-dire passer sous la barre du 2 h 32 au marathon —, elle devait faire plus... Et plus loin.

« J’ai pris quatre semaines de vacances de la mi-février à la mi-mars pour aller m’entraîner en altitude aux à Flagstaff en Arizona. » Du volume de qualité, sans les risques de chute de la course hivernale extérieure et de l’ennui latent des entraînements intérieurs.

Malgré la performance, l’objectif ultime n’a pas été atteint. Mais la saison est jeune — un avantage indéniable aux marathons printaniers : vers quel autre marathon l’athlète va-t-elle se tourner en fin de saison ? Elle commence 2019 avec un niveau de forme qu’elle qualifie n’avoir jamais atteint... ça promet !