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Bill Steinberg, le pestiféré

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Capture d'écran, TVA Nouvelles La déclaration du maire William Steinberg est certes outrancière pour un élu, mais elle n’a rien d’étonnant.

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En qualifiant le projet de loi 21 sur la laïcité de « nettoyage ethnique », le maire de Hampstead, William Steinberg, a semé la tempête.

Des politiciens de tous les paliers se précipitent pour l’exhorter à s’en excuser. Même le premier ministre Justin Trudeau s’en est mêlé. De toute évidence, pour les opposants plus raisonnés au projet de loi, M. Steinberg devient un embarras majeur.

Mieux connu sous le diminutif « Bill », M. Steinberg tient bon. Pas question de s’excuser. Or, ce qui me frappe le plus est que tout ce beau monde indigné par ses propos rate l’essentiel : Bill Steinberg pense vraiment ce qu’il dit. Dans sa banlieue paradisiaque, il est aussi loin d’être le seul à le penser.

Pis encore, plus on le conspue, plus il se réjouit d’être traité en pestiféré. Cela lui permet de s’autoériger au rang de héros courageux à la défense de la liberté de ses citoyens. De fait, sa déclaration est outrancière pour un élu, mais elle n’a rien d’étonnant.

Bourgade cossue

Hampstead est une municipalité cossue de 6973 habitants. Plus de 85 % de sa population détient un diplôme collégial ou universitaire. Pas d’illettrés dans ses rues. Surtout, 76 % de ses habitants en emploi n’utilisent que l’anglais au travail. Comme quoi, la loi 101 a passé son tour à Hampstead.

Bref, Hampstead est une de ces charmantes bourgades qui, en plein cœur du Québec, sont néanmoins plus ou moins déconnectées de la réalité de leur propre société majoritairement francophone. D’où cette opposition au projet de loi 21 incapable de s’exprimer en termes respectueux.

En lieu et place, le maire nous sort l’inquisition classique contre ces francophones nationalistes irrémédiablement xénophobes que seule la charte canadienne des droits peut protéger de leurs propres bas instincts.

Unilingue anglophone et maire depuis 14 ans, Bill Steinberg – aussi docteur en psychologie (qui l’eût cru ?) – devient ainsi le porte-voix de ces mêmes préjugés profondément ancrés. D’où son entêtement. L’homme est tout simplement convaincu d’avoir raison. Point.

Préjugés profonds

On aura beau se déchirer la chemise en chœur, même si, sous haute pression, il en venait à s’excuser – ce qui est peu probable –, il n’en penserait pas moins. Ses préjugés étant ce qu’ils sont, Bill Steinberg ne peut s’empêcher de crier au racisme.

Sous la charte péquiste des valeurs, il avait d’ailleurs piloté une résolution de la même eau. Adoptée à l’unanimité par son conseil municipal – l’homme est loin d’être isolé dans ses lubies –, elle se concluait sur une accusation sans équivoque : « Nous ne serons pas les complices de cette haine, de ce racisme et de cette intolérance ». Difficile d’en beurrer plus épais.

Heureusement, il existe aussi des Anglo-Québécois capables de débattre avec respect sans sortir l’arme nucléaire du « racisme » comme argument. Il n’en reste pas moins qu’il faudra bien qu’un jour, les francophones, toutes origines confondues, sachent que la francophobie ne se limite pas au Canada anglais. Elle vit aussi sa petite vie hargneuse au beau milieu du Québec.