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Dans un entrepôt en Thaïlande pour 40$

Charles Jourdain est le champion TKO chez les 145 livres.
Photo Chantal Poirier Charles Jourdain est le champion TKO chez les 145 livres.

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Exactement comme dans les films de série B. Décor planté dans une espèce d’entrepôt,lumières jaunies par la fumée des cigarettes thaïlandaises, sauf pour un ring entouré d’amateurs et de parieurs. On est en Thaïlande, où on est fou des sports de combat. Surtout les illégaux.

Musique dramatique quand le jeune Québécois de 18 ans s’avance pour rencontrer son adversaire. Les bats changent de mains. Les cotes grimpent en faveur du favori local. Le gambling est une maladie assumée dans cette partie de l’Asie.

Le Québécois se demande ce qu’il est venu faire là. Il a accepté 1000 bats, soit environ 40 dollars, pour participer à cette soirée mal famée. Il était en vacances à Phuket, et voilà qu’il se retrouve dans cette jungle urbaine. Malgré l’avis de ses compagnons de voyage, tient-il à préciser.

« J’ai gagné le combat. On aurait dit un film. Je voulais vivre le “trip” », raconte Charles Jourdain devant des mets... thaïlandais, à Laval.

CHAMPION TKO

On m’avait prévenu que je serais sous le charme après deux minutes. Disons que le jeune Jourdain sait comment répondre à des questions. Et qu’il sait surtout se raconter sans manquer de pudeur. Comme il sait parler de ses rêves et de ses doutes avec des mots qui rendent bien sa pensée.

Charles Jourdain est une sensation dans la TKO, l’organisme des arts martiaux mixtes (MMA) qui règne sur le Québec et qui est affilié à l’UFC.

Stéphane Patry, après avoir frôlé la catastrophe financière il y a 12 ans en laissant l’UFC vider sa compagnie, a redressé la situation. Et les combattants qu’il a mis sous contrat d’un peu partout dans le monde savent dans quoi ils s’embarquent. Ils se battent pour TKO selon des clauses précises. Ils peuvent rêver à l’UFC et aux dollars de Georges St-Pierre, mais en attendant ils doivent respecter leur contrat. Et être champion TKO, dans le sport, ça veut dire quelque chose.

« Moi, mon rêve est simple. Je viens d’avoir 23 ans. Je veux pouvoir vivre de mon sport. Avec TKO et mes commanditaires, j’y arrive. Il me reste deux combats avec Stéphane et je vais respecter mon entente. Mais je ne vise pas nécessairement l’UFC, où je trouve que les athlètes ne sont pas respectés comme ils auraient le droit », soutient Jourdain.

RÊVER À ONE CHAMPIONSHIP

Le vrai rêve, c’est d’accéder à la One Championship. C’est la plus grosse entreprise de promotion d’arts martiaux mixtes, de judo, de karaté, de boxe thaïlandaise et autres sports martiaux en Asie.

En fait, One Championship dépasse l’UFC dans de nombreux secteurs. Plus de pays, plus de téléspectateurs, plus d’accès aux réseaux sociaux, une tradition fondée sur la philosophie millénaire des arts martiaux en Asie, la compagnie règne sur tous les pays d’Asie et étend son champ d’activité au Moyen-Orient. Son vice-président vient de l’Inde et est milliardaire. Comme le président et chef de direction d’ailleurs. C’est plus que gros, c’est énorme.

En One, la déshydratation pour la pesée est interdite. La compagnie impose des tests et un suivi du poids dans les semaines précédant les grands combats. Le slogan étant qu’on veut des athlètes en santé et en forme pour les combats.

Pour un jeune de Belœil comme Charles Jourdain qui compte déjà deux voyages en Thaïlande et qui est féru de l’esprit traditionnel des sports de combat en Asie, One Championship est infiniment plus attirante que l’UFC.

« Mais je reste concentré à 100 pour cent sur le présent. Le présent, c’est mon combat contre Jess Ronson jeudi soir. Je suis champion TKO à 145 livres, mais pour Ronson, je vais me battre à 155 livres. C’est un dur qui s’est battu trois fois en UFC. Mais je suis rapide, à part un mauvais combat que j’ai perdu au Centre Bell, j’ai toujours gagné par knock-out. J’ai eu ma leçon ce soir-là. Dans ma tête, j’étais déjà rendu en UFC, tout était beau. Je me suis mal préparé mentalement et je me suis fait dominer au sol. Ça n’arrivera pas contre Ronson », de dire Jourdain.

FAIRE SAUTER LA BANQUE

Le jeune Jourdain est champion TKO. Également 23e au monde toutes compagnies confondues. One, UFC, Bellator, TKO. Il précède des centaines de combattants MMA. Quatre fois plus d’amateurs vont assister à son combat au Centre Claude-Robillard qu’à celui de Marie-Ève Dicaire au Casino. Mais l’attention médiatique est tournée vers le Casino. Tout le monde en parle tire fort.

Charles Jourdain joue gros ce soir. Stéphane Patry, le président de TKO, le dit ouvertement : « Si Charles gagne contre Ronson, il va faire exploser la banque. Je vais m’assoir avec lui la semaine prochaine et il va recevoir une offre qu’il ne pourra refuser. Si One Championship offre “x”, c’est simple, UFC va offrir “y”. On ne le laissera pas partir », de dire Patry.

C’est déjà un défi en soi. Charles Jourdain doit lire ces mots et les oublier avant son combat. Pour ne pas être écrasé par la pression. Pour être dans le présent.

On va être là ce soir. On va savoir.

Marie-Ève et Mikaela : de la classe

J’ai suivi avec intérêt la conférence de presse de Marie-Ève Dicaire et de Mikaela Lauren au Casino hier avant-midi.

Rien à dire, rien à raconter. Pas de déclaration extravagante. Juste deux femmes qui respectent leur sport et se respectent mutuellement.

À vrai dire, c’était impeccable.

Certains espéraient un geste plus audacieux de la Suédoise. Dans le passé, il lui est arrivé d’embrasser une rivale pendant le face-à-face. Rien de cette comédie hier. Peut-être réserve-t-elle ses audaces pour demain puisque Michel Hamelin, de la Régie des alcools, des courses et des jeux, sera tout près des deux jeunes femmes.

Mais on a senti son aplomb quand elles se sont retrouvées face à face pour les caméras. Pas certain que Marie-Ève soit sortie gagnante du duel.