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Godwin

Comme si l'art d’argumenter n'avait plus la cote.

manif taxi
Simon Clark/Agence QMI

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Laïcité et taxi, deux débats qui enflamment les esprits au Québec depuis maintenant plusieurs jours. Même si les deux projets de loi n’ont pas vraiment grand-chose en commun, ils affectent principalement des immigrants.  

Dans des cas comme ceux-là, il ne faut jamais bien longtemps avant qu’on puisse invoquer la fameuse loi de Godwin ou, plus communément, le point Godwin.       

L’analogie qui tue l’argument  

Mark Godwin définit sa loi comme suit : « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.» Par définition, on réfère donc à la loi de Godwin lorsque les discussions sur un sujet, particulièrement sur le Web, traînent en longueur.       

Ce qui surprend avec les deux projets de loi (17 et 21) dont il est question, c’est la rapidité avec laquelle les détracteurs de ceux-ci ont eu recours aux comparaisons extrêmes en guise d’argument.       

C’est vrai, on tend de plus en plus à se cantonner dans nos positions lors de débats houleux. Comme si l'art d’argumenter n'avait plus la cote. Comme si présenter des arguments articulés comprenant une gradation d’informations pour mener l’interlocuteur à changer d’avis n’était plus possible.       

Le risque, dans ces situations, c’est d’arriver trop vite à une conclusion et de ne plus être capable de reculer pour s’expliquer davantage.       

Quand le maire d’Hampstead parle de « nettoyage ethnique », aussi pacifique soit-il, pour qualifier le projet de loi sur la laïcité de l’État, il dépasse largement les limites du débat raisonnable.       

C’est la même chose quand des chauffeurs de taxi comparent François Legault à Adolf Hitler et brandissent des affiches portant la croix gammée dans des manifestations. Leur objectif, celui de sauver leur industrie, leur gagne-pain et leurs investissements, est louable, mais leur moyen de le faire est contreproductif.       

En employant l’insulte ultime, l’argument nucléaire, ils nuisent à leur cause, s’attirent les jugements les plus sévères de tous les observateurs et s’excluent automatiquement de toute discussion raisonnable, quelle qu’elle soit.       

Négociations et raison  

Si on veut véritablement tenter de faire amender l’un ou l’autre de ces projets de loi, il faut d’abord et avant tout accepter de participer au processus de négociation.       

D’ailleurs, le ministre des Transports, François Bonnardel, semble disposé à revoir la redevance de 20 sous par course prévue dans son pr ojet de loi. Certes, il ne recule pas sur la limite de compensation qu’il affirme vouloir maintenir, mais il démontre une ouverture qui permet de croire à sa bonne foi.        

Les représentants de l’industrie du taxi devraient maintenir les discussions avec les émissaires du ministre et mettre, eux aussi, un peu d’eau dans leur vin. Qui sait ? Peut-être parviendront-ils à trouver un accord tolérable de part et d’autre.       

Le ministre Jolin-Barrette aurait tout intérêt à s’inspirer de son collègue. Depuis le dépôt de son projet de loi, il maintient que sa position est modérée, mais même Gérard Bouchard rejette cette affirmation.         

S’il ne souhaite pas se discréditer complètement, le ministre ne peut pas durcir ses positions en réponse à ceux qui l’affublent des pires intentions. Son projet de loi plait effectivement à une majorité de Québécois, mais il n’est pas parfait, loin de là. Non, il ne s’agit pas d’un projet nazi qui vise le nettoyage ethnique, mais il ne s’agit pas non plus d’un projet modéré.       

Une solution qui s’offre à lui serait certainement de revenir au fameux compromis Bouchard-Taylor. Bien que cette proposition n’obtienne plus l’aval de ses idéateurs, elle pourrait constituer une stratégie de retrait socialement acceptable et mener à une sortie de crise honorable pour tous.