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Le président a trouvé son Roy Cohn

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Depuis son entrée en fonction en février, l’Attorney General William Barr met à contribution les privilèges de son poste pour protéger les intérêts politiques de son patron.

Tôt dans son mandat, Donald Trump avait fulminé de voir son premier Attorney General, Jeff Sessions, se récuser dans l’enquête sur l’affaire russe.

Même si Sessions a été redoutablement efficace pour implanter sa vision juridique, Trump ne lui a jamais pardonné d’avoir mis l’éthique professionnelle au-dessus de la loyauté personnelle.

C’est cette frustration qui a mené Trump à demander un jour : « Où est mon Roy Cohn ? »

L’avocat de combat

Roy Cohn était un avocat new-yorkais reconnu pour ses méthodes impitoyables. Il avait chassé les communistes avec le tristement célèbre sénateur Joseph McCarthy, dans les années 1950, puis fait fortune en défendant de riches clients plus ou moins recommandables.

Avocat et mentor de Donald Trump dans les années 1970, Cohn lui a inculqué sa philosophie de pitbull. Pour Cohn, tous les moyens étaient bons pour couvrir les pratiques parfois douteuses du magnat de l’immobilier.

Selon Trump, qui n’a jamais accepté les contraintes institutionnelles de la présidence, l’Attorney General devrait agir pareillement au service des intérêts du président, quels qu’ils soient.

Bref, Trump voulait un Roy Cohn à la barre du ministère de la Justice.

L’employé du mois

Ce n’était pas simple de trouver un tel individu, qui devait avoir à la fois l’expérience requise pour être confirmé au Sénat et une loyauté à toute épreuve envers son patron. Il semble que William Barr passe ce test haut la main.

Barr a fait un énorme cadeau à Trump en publiant une lettre complaisante à la remise du rapport Mueller. Devant le Congrès cette semaine, il a défendu systématiquement le président, notamment en accréditant la thèse saugrenue d’un « complot » de « l’État profond » pour « espionner » et faire dérailler la campagne présidentielle de Trump en 2016.

Exauçant les vœux du président, Barr a annoncé qu’il publiera une version lourdement caviardée du rapport Mueller et qu’il s’opposera, à l’inverse de tous ses prédécesseurs, à en fournir une version complète au Congrès. Si on ajoute à tout cela la poursuite engagée par Barr pour invalider Obamacare, on comprend que le président est satisfait de son nouveau joueur d’attaque vedette.

Rien de normal

Si le président se réjouit manifestement de voir que son employé du mois ne ménage aucun effort pour démontrer sa loyauté, il n’hésite pas à sanctionner ceux qui s’y refusent.

Trump a limogé la secrétaire de la Sécurité intérieure et plusieurs autres qui refusaient de défier les lois pour appliquer sa politique cruelle de séparation des familles de migrants demandeurs d’asile. Là comme ailleurs, la loyauté personnelle s’impose de plus en plus comme la règle.

On me rétorquera que c’est normal qu’un ministre de la Justice défende les intérêts politiques de son patron en testant les limites de l’indépendance des institutions judiciaires, mais il suffit de jeter un regard furtif à Ottawa pour voir qu’il n’y a rien là de normal.