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Les mystificateurs fiscaux

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Illustration Adobe Stock

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Le mensonge du peu de riches au Québec qui sont déjà surtaxés  

Ça fait plus de 40 ans, minimum, que le patronat, ses universitaires, ses politiciens et ses journalistes-éditorialistes répètent que le très peu de riches que l’on a au Québec est déjà plus que surtaxé. Mieux vaut alors pour ces affiliés d’augmenter la TVQ, même si elle est au Québec déjà la plus élevée en Amérique du Nord. Il faut dédouaner fiscalement ces riches sinon ils vont déménager ailleurs.    

Encore récemment, le chroniqueur Éric Desrosiers du Devoir se questionnait, dans sa chronique du 15 mars 2019 : « Devrait-on augmenter l’imposition des plus fortunés? » Ce titre reprenait pour la énième fois les statistiques tronquées du professeur Luc Godbout, qui a été sur plusieurs commissions du Parti libéral du Québec, titulaire de la Chaire en fiscalité de l’Université de Sherbrooke. Ces statistiques disent ceci : « Au Québec, les 20 % les plus riches comptaient déjà pour 70 % des revenus totaux de l’impôt des particuliers en 2015, soulignait récemment la Chaire en fiscalité. À lui seul, le petit groupe de 1 % le plus riche (221 000 $ de revenus par an et plus) contribuait pour 18 % ». Il faut dire que Éric Desrosiers aime beaucoup Luc Godbout et rend religieusement compte de toutes les sorties publiques de l’économiste auxquelles il s’abreuve. Première fausseté : déterminer le nombre de riches au Québec en se basant sur le revenu fiscal qui omet plusieurs gains (comme les options d’achat d’actions, la moitié des gains de capitaux) plutôt que de prendre le revenu économique qui seul, rend fidèlement compte de la vraie richesse. Pour les nantis, le revenu fiscal est plusieurs fois inférieur au revenu économique. Prendre le revenu fiscal comme socle de la richesse est une farce grotesque. J’y reviendrai dans ma prochaine chronique.    

Impôt sur le revenu ou impôt sur le nombre  

Pourrais-je demander aux élus et à certains représentants des médias d’arrêter de répéter ce mensonge fabriqué par la caste supérieure et ses commis à l’effet que le peu de riches que nous avons supposément au Québec paient déjà la majorité des impôts sur le revenu?   

Il me semble que ce n’est pas compliqué à comprendre? L’impôt sur le revenu porte bien son nom : c’est un impôt fondé sur le revenu et non sur le nombre. Avec la concentration fulgurante de la richesse, on sait ça qu’il y a peu de riches, mais ceux-ci détiennent la grosse partie de la richesse au Québec et dans le monde : « Le 1 % possède 82 % de la richesse mondiale » (Le Journal de Montréal, 22 janvier 2018). Et aussi : « Paradise papers. La concentration de la richesse est explosive » (Le Devoir, 8 novembre 2017).    

Alors il faut arrêter de nous dire n’importe quoi avec cette salade idéologique que le 1 % le plus riche au Québec contribue pour 18 % de tous les impôts sur le revenu. Plutôt que de nous donner le nombre de riches, il faut nous dire le revenu total économique, et pas seulement fiscal, annuel de ce 1 % des plus riches au Québec. Ce n’est qu’alors que l’on pourra déterminer leur taux réel ou effectif d’impôt (et pas seulement légal ou statutaire que personne ne paie) et vérifier alors empiriquement s’ils sont trop ou pas assez taxés.    

C’est aussi ridicule que de dire qu’en Arabie Saoudite, pays où la richesse est extrêmement concentrée, le ¼ de 1 % des riches composés de la famille royale et de leurs amis, paie environ 30 % de fois les impôts alors qu’il détient, disons environ 90 % de toute la richesse du pays. Oui, ils sont peu nombreux (la famille royale vaut à elle seule 1400 milliards de dollars US), mais ils contrôlent le gros de la richesse.   

Luc Godbout « rides again once more »  

En 2011, le professeur économiste Luc Godbout, celui-là même qui pense toujours comme le patronat, en avait pondu une autre drôle – que les journalistes ont encore une fois pris pour du cash : « Au printemps, les gouvernements dévoileront leur budget et les politiciens de gauche réclameront, comme chaque fois, qu’on taxe davantage les riches. Encore faut-il qu’il y en ait qu’a affirmé Luc Godbout (l’adepte des taxes à la consommation très régressives) » (Les Affaires, 12 février 2011). En fait, avec la concentration excessive de la richesse, il y aura encore moins de riches, mais qui détiendront encore plus de richesse.    

Luc Godbout est en parfaite symbiose avec le patronat. Ce n’est pas moi qui le dis, mais la Chambre de commerce elle-même. En 2015, le PLQ de Philippe Couillard a demandé à un « expert » fidèle, qui pense comme eux, soit nul autre que Luc Godbout, de présider la Commission libérale sur la fiscalité. Suite aux conclusions et aux recommandations du rapport Godbout, la Chambre de commerce de Montréal s’est exclamée avec joie : « La Chambre appuie le rapport Godbout dans sa globalité. Ce rapport-là, dans son esprit, dans ses principes, va exactement dans la direction où on veut aller » (La Presse, 4 septembre 2015).    

Donc, en résumé, il faut oublier cette idée farfelue et gauchiste de vouloir taxer davantage les riches, car il n’y en a pas de riches, un point c’est tout. Pour reprendre le titre d’une chronique de l’ex du journal Les Affaires, maintenant au Devoir et à Radio-Canada, René Vézina, publiée le 17 novembre 2012 et intitulée : « La chasse aux riches est maintenant ouverte ». Je pense que vous pouvez oublier ça, car vous allez revenir bredouille de votre partie de chasse, car il n’y en a pas de riches au Québec que nous serinent en permanence les larbins de nos riches créateurs de richesse. Et même si vous en trouviez : « Hausser l’impôt des mieux nantis (si on en trouve) ne rapporte pas » (Le Devoir, 29 septembre 2018). Comment un chroniqueur expérimenté comme Gérard Bérubé peut-il répéter les absurdités du C.D. Howe Institute? Si hausser l’impôt des riches ne rapporte pas, qui doit-on alors taxer?   

Cherchez et vous trouverez  

Pas besoin d’effectuer des recherches approfondies pour tourner en ridicule les allégations du patronat et de sa suite afin de constater que leurs prétentions ne résistent pas aux faits. Prenez juste le titre de cet article du Journal de Montréal du 22 novembre 2013 : « Les super-riches québécois s’enrichissent plus vite que leurs homologues canadiens ». Ce n’est pas Québec solidaire qui dit ça, mais la revue d’affaires Canadian Business. Et il a celle-ci : « Le nombre de millionnaires nettement en hausse au Québec » (La Presse, 21 septembre 2012). Oui cet article date de 2012. Et croyez-moi qu’avec les généreuses baisses d’impôts sur le revenu consenties par Philippe Couillard et le PLQ, les millionnaires ont continué à augmenter depuis. Et que dit le titre de cet article du Journal de Montréal du 26 juin 2018? « Les 25 PDG les mieux payés au Québec ». Tous rémunérés pour plus de 3 millions $ chacun pour l’année 2017. Et nos sbires ont-ils oublié dans leurs calculs les milliers de médecins incorporés? Expliquez-moi comment se fait-il que s’il y a peu de riches au Québec on constate ceci : « Grand Montréal. Les prix médians des propriétés de luxe affichent la meilleure croissance au pays » (Le Journal de Montréal, 10 mai 2018). Et enfin, ce texte qui signale que : « Les ventes de maisons de luxe en augmentation à Montréal » (Radio-Canada, 20 mars 2019).