/investigations
Navigation

Uber fait souffrir les taxis: les revenus des chauffeurs ont chuté après l'arrivée du géant américain

manif taxi
Photo Agence QMI, Simon Clark L’industrie du taxi exhorte le gouvernement à dévoiler les conclusions des projets pilotes d’Uber afin d’avoir une idée exacte de leur impact sur le taxi traditionnel. Ils étaient des centaines de chauffeurs, hier, devant l’Assemblée nationale, à faire entendre leur mécontentement au gouvernement.

Coup d'oeil sur cet article

Depuis l’arrivée d’Uber en 2013, les revenus bruts de l’industrie du taxi ont augmenté de près de 10 %. Mais tout porte à croire que les projets pilotes à Québec et à Montréal commencent à nuire aux chauffeurs.

Un document de Revenu Québec obtenu par notre Bureau d’enquête indique que les revenus des taxis traditionnels pour l’ensemble du Québec sont passés de 354 millions $ à 389 millions $ entre 2013 – année où les chauffeurs d’Uber ont commencé à sillonner les rues de Montréal – et 2017.

Or, en analysant de plus près le document, on constate une augmentation des revenus jusqu’en 2016, suivie d’une baisse de 2,6 % en 2017. À Montréal et à Québec cependant, la baisse a été plus marquée, soit respectivement de 5 % et de 8 % entre 2016 et 2017.

«La décrue semble correspondre avec le projet pilote d’Uber, car il a démarré à l’automne 2016, donc la première année où les revenus sont impactés est 2017», souligne Olivier Germain, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

«Il faudra attendre les statistiques de 2018, ajoute-t-il. Mais pour l’instant, ce n’est pas non plus un effondrement des revenus», ajoute M. Germain.

Abdallah Homsy, porte-parole du Comité provincial de développement et de concertation de l’industrie du taxi, qualifie toutefois de «majeure» cette diminution. «Si Uber n’était pas dans le marché, on serait rendu où? On aurait dû détecter une croissance beaucoup plus fulgurante», soutient-il.

Plus de revenus déclarés

L’augmentation des revenus en 2016 survient à la même période où les paiements par carte ont commencé à être davantage utilisés dans l’industrie (obligatoires à Montréal depuis octobre 2015).

Ainsi, il y a moins de courses au noir, ce qu’admet M. Homsy: «C’est plus déclaré à cause des cartes de crédit».

Revenu Québec estime ses pertes fiscales de l’industrie du taxi à 72 millions $, chaque année. Mais selon M. Homsy, cela ne reflète plus la réalité: «Oui, il y avait une problématique, mais on a travaillé pour régulariser cette industrie».

Abdallah Homsy, porte-parole du comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi, demande au ministre François Bonnardel d’apporter des « changements majeurs » au projet de loi 17.
Photo Agence QMI, Simon Clark
Abdallah Homsy, porte-parole du comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi, demande au ministre François Bonnardel d’apporter des « changements majeurs » au projet de loi 17.

Industrie en métamorphose

D’autres facteurs pourraient expliquer l’impact plus limité d’Uber – du moins pour l’instant – sur les revenus du taxi.

«Une étude américaine suggère que les gens n’hésitent pas entre Uber ou le taxi, mais entre Uber ou le transport en commun», poursuit Pierre-Yann Dolbec, professeur adjoint à l’École de gestion John-Molson, à Concordia. «On pourrait aussi penser qu’il y avait un manque de chauffeurs sur les routes comme l’industrie est fortement réglementée, avance-t-il. Donc, il y aurait eu une augmentation du marché de façon générale.»

Par ailleurs, les chauffeurs de taxi travaillent peut-être plus d’heures qu’avant «pour ramener le même montant qu’ils faisaient avant Uber», suggère Benoit Duguay, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

M. Homsy reconnaît que l’industrie est en pleine métamorphose et que, pour avoir une idée claire de l’impact d’Uber sur le taxi, le gouvernement doit impérativement dévoiler les conclusions des projets pilotes. «Si le MTQ nous avait fourni les conclusions, on aurait pu arriver à une meilleure compréhension sur l’impact réel d’Uber, dit-il. Si on se trompe, on dira, OK, c’est bon.»


► Un projet pilote sera réalisé cet été afin d’introduire en 2020 un système de facturation obligatoire qui s’inspirera des modules d’enregistrement des ventes comme ceux dans les restaurants et les bars. Ces systèmes seront obligatoires pour tous les chauffeurs de taxi et d’Uber, notamment.

Évolution des revenus bruts dans l’industrie du taxi

* Uber est présent à Québec, Montréal et Gatineau. Les revenus de ce tableau sont ceux du traditionnel. Ceux d’Uber sont exclus.