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Regarder la mort en face

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« Ne chantez pas la Mort, c’est un sujet morbide/Le mot seul jette un froid, aussitôt qu’il est dit/Les gens du show-business vous prédiront le “bide”/C’est un sujet tabou... Pour poète maudit »

J’ai toujours aimé cette chanson de Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré, magnifiquement chantée par Renée Claude.

Qui aujourd’hui parle franchement de la mort ?

Ces jours-ci, il y a la comédienne Anick Lemay, qui a frôlé la mort et en parle dans son livre Le gouffre lumineux. Et il y a la série documentaire Je ne veux pas partir, à vero.tv, sur cinq personnes atteintes de maladies incurables. Eh que ça fait du bien d’aborder de front ce sujet tabou !

TOUTE PERSONNELLE FIN DU MONDE

Hier, à mon émission de QUB radio, j’ai reçu, l’une après l’autre, la comédienne Anick Lemay et l’animatrice Audray Metcalfe. Quand elles se sont croisées, c’est comme si elles faisaient partie d’un club privé : le club de celles qui savent à quoi la mort ressemble.

Anick a eu trois cancers en 2018, elle en a parlé dans ses chroniques d’Urbania qu’elle a regroupées dans un livre bouleversant. Audray, 32 ans, atteinte de fibrose kystique, a interviewé quatre autres personnes qui vont mourir, comme elle, à plus ou moins brève échéance.

Je sais que c’est un cliché, qu’on l’a entendu 100 000 fois, mais Anick et Audray ont le même message : profitez de la vie, savourez chaque seconde, passez du temps avec les gens que vous aimez, arrêtez de courir.

Le livre d’Anick Lemay nous rappelle toutes les étapes difficiles qu’elle a traversées il y a exactement un an, quand elle a reçu le terrible diagnostic de cancer en mars 2018. Mais 12 mois plus tard, presque jour pour jour, elle est en forme, survivante, battante et elle a même de beaux cheveux frisés !

Son bouquin est rempli d’hommages (en paroles et en photos) aux « fées » qui lui ont sauvé la vie, les femmes médecins qui l’ont soignée, mais aussi les copines qui se sont relayées auprès d’elle.

Ces passages sont extrêmement touchants, et on ne peut s’empêcher de se dire qu’elle a, d’une certaine façon, été chanceuse d’être si bien entourée. Qu’en est-il de tous ceux et celles qui traversent la maladie seuls, sans amis, sans proches. Comment font-ils ?

En regardant les quatre épisodes de Je ne veux pas partir­­­, j’ai été impressionnée par la franchise des cinq personnes­­­ atteintes­­­ de maladies incurables dont on entend le témoignage­­­.

Qu’elles aient le cancer, la fibrose kystique ou la dystrophie musculaire, elles vivent en sachant que chaque jour est peut-être le dernier. Et elles nous donnent une formidable leçon de vie.

Disons qu’après le visionnement, on a moins envie de se plaindre que « le printemps arrive pas » ou que « le Canadien a pas fait les séries cette année ». Quand ta principale préoccupation, c’est de savoir comment tes parents ou ton conjoint vont survivre à ta mort, tu ne te plains pas pour rien.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

PLEIN DE LUMIÈRE

Ce livre et cette série sont la preuve que Léo Ferré avait tort, dans sa chanson. On peut parler de la mort sans que ce soit « un bide ».

On peut parler de la mort... et que ce soit plein de vie.