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Tristes souvenirs de Paris

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Cette semaine, je vous écris en direct de Paris, dans un resto à côté de la Sorbonne, en plein cœur du 6e arrondissement. J’y ai passé beaucoup de temps lorsque j’ai habité ici il y a 13 ans.

À l’époque, j’avais eu l’occasion de prolonger l’espérance de vie de mon deuxième one-man-show, lorsqu’un producteur français m’avait proposé de me produire en France. Après 6 mois de rodage à travers le pays, on s’est installé officiellement à Paris où j’y ai fait exactement 111 shows.

À part le déchirement d’être aussi loin de ma fille et l’attitude des Parisiens­­­, j’ai adoré vivre ici. Même si j’habitais à 40 minutes de marche du théâtre, je marchais tous les soirs et m’amusais à prendre des chemins différents, question de découvrir encore plus la ville.

Ambiance

C’est fou comme il y a de l’ambiance dans toutes les rues !

Je ris de l’attitude des Parisiens, mais j’ai rarement vu des gens profiter autant de leur ville. Peu importe le bistro, le petit café, peu importe la terrasse, il y a des gens qui y sont assis. Peu importe le quartier, on dirait que tu te promènes dans un conte dont le narrateur est les murs qui t’entourent. L’histoire de ce pays, tu ne la découvres pas, tu la ressens.

En toute sincérité, ma vraie motivation de percer en sol français n’était pas de devenir une star à Paris, de me faire reconnaître dans la rue ou de profiter du star-system qui est complètement démesuré. Non ! Mon rêve de percer en France, c’était de m’en servir comme prétexte pour tourner à travers le pays et d’en profiter pour découvrir l’histoire derrière chaque château, d’écouter d’autres murs raconter leur histoire.

En même temps, si je vous dis que tout ça s’est passé il y a 13 ans, vous avez deviné que c’était à l’époque de mon ancienne vie et que, même si je ne prenais pas vraiment de drogue durant mon séjour, j’ai quand même passé huit mois complètement saoul.

Malgré ma débauche, j’ai quand même réussi à me forger un beau début de carrière parisien. Pour mes premiers shows, je remplissais mes salles avec des billets donnés et des invitations. Avec les 20 derniers shows, on vendait presque tout et c’était pratiquement complet.

La seule raison pour laquelle il n’y a pas eu de suite, c’est que j’avais alors un petit producteur avec peu de moyens et qui avait été un peu frileux.

Je ne suis pas en train de faire son procès, j’explique simplement la situation. Je veux aussi soulever le point que, si je n’avais pas passé mes huit mois parisiens à vivre un long lendemain de veille, j’aime penser que j’aurais pu trouver une façon de prolonger mon séjour.

Présentement au Québec, ma vie et ma carrière ne pourraient pas se porter mieux. Je le dis en touchant du bois, mais je dois confesser que ce périple français avorté a toujours été une source de regrets, encore 13 ans plus tard.

Marathon

Je suis ici pour le marathon de Paris. En m’y rendant, je me doutais que ce serait un voyage qui me rappellerait quelques mauvais souvenirs, mais j’avais sous-évalué le tourbillon émotionnel qui m’attendait. Ça faisait à peine quelques heures que je me promenais à travers les rues de mes souvenirs que j’ai vite senti mes yeux rougir et ma gorge se serrer.

Même si le ciel était gris, j’ai eu besoin­­­ de remettre mes lunettes fumées pour cacher les larmes qui coulaient sur mes joues. C’est là que ça m’a frappé. Je croyais sincèrement m’être tout pardonné de cette époque trouble. Pourtant, j’ai réalisé que le tatouage de mes erreurs est parfois difficile à effacer.