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En fauteuil roulant, mais pas handicapée

Mélany Roxane Lacombe a ouvert un service de traiteur à Sherbrooke.
Photo Alex Drouin Mélany Roxane Lacombe a ouvert un service de traiteur à Sherbrooke.

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SHERBROOKE | Si élever trois enfants seule en plus de travailler n’est pas toujours évident, le faire quand on se déplace en fauteuil roulant représente un défi encore plus grand, mais stimulant pour une mère de famille de l’Estrie.

Mélany Roxane Coulombe refuse ­l’étiquette de « personne handicapée ». Atteinte d’une malformation de la colonne vertébrale depuis sa naissance qui la force à se mouvoir en fauteuil roulant, la femme de 43 ans assure que son handicap ne l’a jamais freinée dans ses projets.

La Sherbrookoise élève seule ses trois fils en plus de gérer l’entreprise qu’elle a bâtie elle-même.

Ses défis ne datent pas d’hier. Durant ses premières années scolaires, elle a fréquenté une école de Bellecombe, à Rouyn-­Noranda, en Abitibi, qui n’était pas adaptée à sa condition.

« J’ai quand même été chanceuse, à part quelques difficultés à m’intégrer au primaire. Mais j’ai dû me faire une carapace », lance-t-elle.

À son arrivée à l’école, le personnel devait la lever, dans son fauteuil roulant, pour esquiver les deux marches d’escalier de l’entrée et lui permettre d’accéder à l’intérieur du bâtiment.

Durant les périodes de récréation et de dîner, elle restait dans sa salle de classe parce qu’elle n’avait pas d’aide pour se rendre seule dans la cour d’école.

Une enseignante a eu la gentillesse de déménager sa classe au rez-de-chaussée pour qu’elle soit plus accessible.

Au départ, Mme Coulombe se faisait intimider à cause de sa différence, mais elle a rapidement prouvé qu’elle pouvait jouer un rôle actif dans la société.

« Je ne voulais pas faire partie d’un ghetto de personnes handicapées. Je ne voulais pas d’étiquette. J’étais juste différente », soutient-elle.

Très sociable et optimiste, l’écolière est même devenue populaire, entourée d’amis.

Elle a d’ailleurs écouté ses parents qui lui répétaient qu’elle était capable et qu’elle ne devait pas hésiter à travailler plus fort pour pallier son « handicap ».

« C’est une pression, mais aujourd’hui, il n’y a rien que je ne fais pas », s’enorgueillit-elle.

Trois garçons

En 1995, Mme Coulombe a rencontré celui qui deviendra le père de ses trois enfants.

Devenir maman en fauteuil roulant n’a jamais été un obstacle pour elle, mais bien un défi.

En plus d’élever ses trois enfants seule, Mélany Roxane Coulombe gère un commerce de traiteur avec son fils cadet.
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage
En plus d’élever ses trois enfants seule, Mélany Roxane Coulombe gère un commerce de traiteur avec son fils cadet.

Elle reconnaît que son fils aîné, né en 1999, a marché très tardivement, soit vers 18 mois, parce qu’elle le laissait longtemps jouer dans son parc pour l’empêcher de ramper partout.

« J’étais stressée qu’en le laissant par terre, je n’allais pas pouvoir le récupérer », raconte-t-elle.

Les deux autres ont marché vers 12 mois, car elle leur permettait de s’aventurer davantage. Ils avaient le réflexe de monter sur la tablette de son appui-pied pour qu’elle puisse les prendre facilement.

Famille d’accueil

En plus d’être maman, Mme Coulombe a tenu pendant huit ans une famille d’accueil pour des personnes avec des déficiences intellectuelle et physique.

« C’est un travail très difficile physiquement et moralement », admet-elle.

Un jour, Mme Coulombe a été attaquée par un de ses chambreurs, agressif, qui l’a fait chuter de son fauteuil roulant. L’agression lui a causé une commotion cérébrale. Elle a alors cessé ses activités et a déménagé, avec sa famille, en Estrie. Cette région qu’elle adorait lui semblait parfaite pour entreprendre un nouveau départ.

C’est là qu’après avoir essuyé un échec de retour au travail comme adjointe administrative, elle a décidé de faire le saut comme entrepreneure.

Une nouvelle entrepreneure

Mélany Roxane Lacombe a ouvert un service de traiteur à Sherbrooke.
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage

Mélany Roxane Coulombe a réussi à bâtir son commerce de traiteur grâce à son assistant âgé de... 12 ans.

L’idée de démarrer, il y a deux ans, son commerce de traiteur spécialisé dans les repas exempts ­d’allergènes a germé alors qu’elle gérait l’alimentation particulière de son fils cadet, Natan-Zacary Veillette, diagnostiqué diabétique de type 1 depuis ses cinq ans.

Après avoir divorcé en 2013 et obtenu la garde de ses trois fils, Mme Coulombe a ouvert son ­service de traiteur Clef en bouche à Sherbrooke, en janvier 2017.

Les repas offerts ne contiennent aucun gluten, produit laitier, œuf, noix, arachide, soya, sésame, sulfite et poisson ou fruit de mer.

Mélany Roxane Lacombe a ouvert un service de traiteur à Sherbrooke.
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage

« Ça n’existait presque pas au Québec », relate l’entrepreneure.

Son garçon, aujourd’hui âgé de 12 ans, s’avère un bras-droit hors pair. Il cuisine, peinture, fait les courses, rénove, etc.

Natan-Zacary a même trouvé le local où le ­commerce a déménagé, cet automne, sur la rue Marquette au centre-ville de Sherbrooke.

« C’est lui qui me motive beaucoup ! » s’exclame celle qui récompense son fils avec des privilèges, des achats, des sorties et parfois des dons en argent.

De son fauteuil roulant, Mme Coulombe est fière d’avoir participé aux travaux manuels pour l’aménagement du resto. Elle est reconnaissante d’avoir reçu autant d’aide de ses deux autres fils, âgés de 17 et 19 ans, sans compter de sa famille et de ses amis.

Sa paye

Mme Coulombe ne vit pas encore de son commerce. Toutefois, elle est encouragée par les commentaires qu’elle reçoit. Ses clients lui disent qu’elle change leur vie depuis qu’ils peuvent ­manger ailleurs ou « comme tout le monde ».

« C’est ma paye ! lance la cuisinière. J’ai l’impression de faire quelque chose qui fait du bien aux gens et qui me rend utile. »

Des garderies font appel à ses services toutes les semaines. Ses pâtes tacos, ses lasagnes aux légumes, son poulet à l’ananas et ses plats de quinoa ont notamment la cote auprès des petits et grands.

Mme Coulombe ne compte pas ses heures pour réaliser son rêve d’entrepreneure.

« J’ai un front de bœuf, admet-elle. J’ai de l’audace et de l’ambition. Mais j’ai besoin de quelqu’un pour me ramener des fois les deux pieds sur terre. »