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Le recul du français n’est pas une fatalité

Periode des questions
Photo d'archives, Agence QMI La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy.

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L’Office québécois de la langue française (OQLF) a rendu public, vendredi, son Rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec qui démontre une tendance lourde au recul du français, amorcée depuis les vingt dernières années.

Deux jours auparavant, l’Assemblée nationale avait adopté, à l’unanimité, une motion rendant hommage à Camille Laurin, à l’occasion du 20e anniversaire de son décès.

Situation préoccupante

Père de la Loi 101, il avait fait du français la langue officielle du Québec pour en assurer la protection à la fois comme langue d’enseignement, de travail, d’affichage et d’usage.

« Je ne voulais pas une loi ordinaire, mais une loi qui s’inscrive dans l’Histoire [...] disait-il. Je voulais faire une loi qui répare, qui redresse et qui redonne confiance, fierté et estime de soi à un peuple qui tenait à sa langue, mais qui était devenu résigné et passif. » (Jean-Claude Picard, Camille Laurin : l’homme debout, Boréal, 2003, p. 247)

En bon psychiatre, il voulait « réparer toutes les blessures, toutes les pertes subies par suite de l’occupation militaire, économique et politique ». Quarante-deux ans après l’adoption de la Charte de la langue française, où en sommes-nous ? Exception faite de l’épisode euphorique des années soixante-dix, quatre-vingts, que reste-t-il de cette fierté d’un peuple jadis « résigné et passif » ? Sommes-nous moins résignés et moins passifs, aujourd’hui, face au recul du français au Québec ?

Déjà en août 2017, les données du recensement de la population nous avaient alertés sur la décroissance de l’utilisation du français sur l’île de Montréal de 1,2 % en cinq ans, de 2011 à 2016.

Ce recul avait également affecté le français comme langue maternelle, qui est passé de 50,2 à 49,8 %, pour la même période, et comme langue prépondérante de travail, de 82 à 79,7 % entre 2006 et 2016.

Retrouver la fierté

Le rapport dresse un portrait linguistique assez fouillé sur la situation du français comme langue d’enseignement, de travail, de communication institutionnelle, de production et consommation des produits culturels, d’affichage, d’accueil et de services dans les commerces.

La situation est très préoccupante, d’autant plus qu’il s’agit d’une tendance lourde qu’il faut conjuguer avec la baisse du poids démographique des francophones ayant le français comme seule langue maternelle, qui est passé de 78 à 77 % entre 2011 et 2016. Un recul qui affecte aussi le français comme seule langue parlée le plus souvent à la maison.

En matière d’affichage, 22,5 % des entreprises de l’île de Montréal ne se conformaient pas à la réglementation, et le français piquait du nez comme unique langue d’accueil dans les commerces, passant de 84 à 75 % entre 2010 et 2017, alors que l’anglais est passé de 12 à 17 %.

Nul doute que la ministre responsable de la Charte de la langue française, Nathalie Roy, a une bonne compréhension des enjeux. Mais la protection du français n’est pas l’affaire que d’un ministère sectoriel.

Son application s’étend à plusieurs ministères et organismes, dont ceux de l’éducation, du travail, de l’économie, de la culture et de l’immigration. Elle exige une politique gouvernementale et un plan d’action l’accompagnant.

Car au-delà des portraits statistiques, ce qui est attendu d’un gouvernement qui place la spécificité du Québec au cœur de ses choix, c’est de redonner aux Québécois de toutes les origines, la fierté de leur langue commune, à commencer par la valorisation du français comme langue d’enseignement et comme langue de travail.