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Julian Assange: héros ou traître?

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Julian Assange fait partie de ceux qui croient que les États complotent contre leurs citoyens. Assange croit qu’il faut organiser les citoyens contre le pouvoir des États, entre autres en divulguant de l’information que ces derniers cherchent à garder secrète. Ses adversaires l’accusent de traîtrise. Ils estiment qu’Assange travaille pour des puissances étrangères. 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Assange n’est pas poursuivi aux États-Unis pour avoir publié des informations secrètes. Ce droit est protégé par la constitution américaine. Assange est poursuivi pour avoir comploté afin d’obtenir des informations secrètes, grâce au piratage d’ordinateurs du gouvernement américain, ce qui est interdit. 

Julian Assange serait le fondateur de WikiLeaks. Ce site internet a publié des documents gouvernementaux compromettants sur les activités de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Assange est ainsi devenu une des personnes les plus recherchées par la justice américaine. En 2012, Assange trouvera refuge dans l’ambassade de l’Équateur à Londres. Mais le gouvernement équatorien a fini par retirer à Assange son statut de réfugié et l’a remis à la police anglaise jeudi dernier. 

Une vision fleur bleue 

Assange alimente les théories du complot. Plusieurs de ses proches sont morts dans des circonstances qui semblent défier l’effet du hasard. Pourtant, les documents que publie WikiLeaks sont quasiment insignifiants pour les spécialistes de la politique. 

Les seuls qui s’en étonnent sont ceux qui s’imaginent que l’on peut faire des omelettes sans casser des œufs. Des gens comme Julian Assange. 

Par exemple, les analyses crues auxquelles se livrent les diplomates, dans leurs communications avec Washington, et que publie WikiLeaks, ne surprennent pas. Ces mêmes analyses se font ouvertement dans les revues spécialisées, dans les colloques ou dans les salles de cours. Le seul apport de WikiLeaks provient de détails concrets ou de la confirmation d’éléments que la plupart des spécialistes soupçonnaient. 

Indignation générale 

Un des problèmes de la publication de ce type de documents secrets est qu’ils excitent facilement l’indignation générale. Regardons les scandales qui se trouvent sur la page de WikiLeaks : 

Comment ? La CIA a conçu des manuels pour infiltrer les ordinateurs des gens ? Mais oui. Comme probablement les services secrets de tous les pays dignes de ce nom. Est-ce si incroyable ? 

Le pape est aux prises avec diverses factions de l’Église qui lui tiennent tête. Scandale ! Pourtant le moindre livre d’histoire sur l’Église catholique enseignera la même chose. Etc. 

Casser des œufs 

La question n’est pas tant de savoir combien d’œufs ont été cassés, mais de savoir s’ils ont été cassés pour une bonne cause, avec des résultats probants. 

Tous les pays cassent des œufs, mais certains ont des ambitions moins louables que d’autres. On s’étonne à cet égard du peu d’information que WikiLeaks publie sur la Russie et de l’absence d’information sur plusieurs dictatures, comme la Chine. 

Et c’est peut-être ici le fond du problème. WikiLeaks publicise des documents qui indignent surtout ceux qui ont une vision naïve de la politique. Ceux-ci à leur tour mobilisent les opinions publiques des États-Unis et de leurs alliés. 

Cela laisse penser qu’Assange et WikiLeaks sont complices ou manipulés par des forces antiaméricaines.