/sports/golf
Navigation

Le héros d’une génération

Avec sa brillante victoire au Tournoi des Maîtres, Tiger Woods a repoussé les limites du sport

Coup d'oeil sur cet article

AUGUSTA | Personne n’est capable de pousser la popularité du golf et l’aiguille de l’audimat comme le fait Tiger Woods depuis le début de sa carrière. Personne. Ce week-end au Tournoi des Maîtres, il l’a une fois de plus démontré.  

Des milliers de spectateurs en liesse, les bras au ciel, des millions de téléspectateurs debout dans leur salon, des médias sociaux brûlants, la confrérie athlétique à ses genoux, tous avaient les yeux rivés sur ce dernier roulé qui ferait passer le Tigre à l’histoire. La une des journaux à travers le monde prouve l’intensité et l’importance du phénomène.  

En le voyant grimper le tableau au fil des trois premières rondes, on a observé ses rivaux s’abreuver de son succès, affirmant qu’ils étaient témoins d’un moment historique et privilégié. Le moment dont ils parlaient depuis le retour à la compétition de Woods l’an dernier après quatre délicates interventions chirurgicales au dos.  

Ils le répétaient sans cesse dans les points de presse, ils s’y attendaient. Ce n’était qu’une question de temps avant que le Tigre rugisse et mette la patte sur une 15e conquête majeure. Il aura mis exactement 17 mois, lui qui avait renoué avec la compétition au Hero World Challenge, aux Bahamas, en décembre 2017.  

80e victoire  

Dix mois plus tard, il remportait le Championnat du circuit de la PGA, dernier tournoi de la saison regroupant les 30 meilleurs golfeurs de la course à la coupe FedEx à East Lake, à la fin de septembre. La scène finale avait frappé l’imaginaire. Noyé dans une marre de milliers de spectateurs ayant envahi le parcours, il avait savouré la 80e victoire de sa carrière. Une preuve qu’il appartenait encore à l’élite.  

Sa quête de dimanche au Augusta  

National a battu des records sur les réseaux de télévision. Lors de la troisième ronde, le diffuseur CBS a enregistré ses meilleures cotes d’écoute en quatre ans. L’athlète n’a pas déçu le lendemain en signant la première de ses conquêtes du Grand Chelem en revenant de l’arrière.  

C’était également la première fois depuis 2005 qu’un vainqueur enfilait le veston vert alors qu’il figurait hors du top 10 après 18 trous. On se souvient de qui il s’agissait. Il portait un chandail « mock neck » rouge et avait réalisé un coup d’approche spectaculaire aux abords du 16e vert en ronde finale.  

Jack Nicklaus en 1986  

Woods était tombé en amour avec le sport en observant un coup de fer 4 de Jack Nicklaus au 15e fanion du Masters 1986, tournoi que le Golden Bear avait ensuite gagné à l’âge de 46 ans. Son dernier et 18e majeur.  

«Je n’avais jamais vu quelqu’un célébrer ce genre de coup sur le vert auparavant, a raconté Woods à propos de ce moment ayant marqué sa jeunesse. Nicklaus avait joué 30 (-6) sur le neuf de retour dans un enchaînement d’aigle et d’oiselets, une conclusion frissonnante.  

«À la fin, il avait sauté dans les bras de son fils Jackie, s’est ensuite remémoré le Tigre, qui est maintenant à la poursuite de son record absolu. C’était si spécial.»  

En 1997, sa domination de 12 coups sur Tom Kite en enregistrant le meilleur score de tous les temps au Masters (-18) avait inspiré une génération entière à saisir un bâton de golf. En ajoutant les adultes, le sport avait ensuite connu un essor fulgurant. On voyait de petits garçons aux doigts enrubannés comme le Tigre sur les parcours, attriqués de la tête au pied de vêtements au crochet à l’effigie du grand manufacturier américain.  

Son compagnon de jeu, dimanche, Tony Finau, l’a raconté. Il avait amorcé le golf après cette conquête de 1997. Comme plusieurs autres qui sont maintenant des vedettes du circuit de la PGA.  

Ne jamais baisser les bras  

C’était le début de l’ère Tiger Woods qui aura duré plus d’une dizaine d’années. Jusqu’à ses déboires familiaux, ses blessures, ses chirurgies alors qu’il peinait à marcher et ses démêlés avec la justice.  

«Il ne faut jamais lâcher. Rien n’est donné dans la vie, a-t-il déclaré après sa victoire. Il faut toujours se battre. Lâcher n’est pas une option. On se lève le matin et on voit toujours un défi devant. Il faut aller le chercher.»  

Malgré son avenir incertain en avril 2017, il n’a pas baissé les bras. Il s’est battu. Il a persévéré et il est revenu au sommet de sa forme. Pour ses enfants et pour une nouvelle génération.  

«Le sport est en croissance partout sur la planète, a-t-il analysé. Nous voyons des joueurs de partout au monde. Ils sont plus jeunes, meilleurs et ils sont assoiffés.»  

Dans 30 ans, on se souviendra de ce dimanche historique au Augusta National. L’une des plus grandes performances sportives de tous les temps. Les plus jeunes comme les plus vieux.