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À court de mots

Il est strictement impossible d’être un familier de cette merveille, et de ne pas être absolument bouleversé

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Notre-Dame de Paris n’appartient ni aux Parisiens, ni à la France, ni aux catholiques, mais à tous ceux-là ensemble et, plus largement, à l’humanité tout entière, indépendamment des croyances ou de la nationalité de chacun.

On peut dire la même chose de la Grande Muraille de Chine, du Taj Mahal ou de Venise. Il y a des endroits qui nous rendent fiers du genre humain, tout en nous faisant réaliser notre insignifiance individuelle.

Il y a une poignée d’œuvres dans le monde, nées des efforts de milliers d’ouvriers et d’artisans dont l’histoire n’a pas retenu les noms, qui sont des hommages à l’esprit humain, à sa capacité à créer du sublime.

Tragédie

Mais il est normal que les plus bouleversés soient ceux de foi chrétienne et ceux pour qui elle évoque le plus de réminiscences­­­ personnelles.

Combien d’entre nous ont visité Notre-Dame à de multiples reprises, y ont amené leurs enfants, y ont écouté des concerts, ont fait la file au soleil pendant des heures pour y entrer, l’ont bombardée de photos maladroites ?

J’ai vécu jadis à Paris, du temps de mes études à la Sorbonne, tout près de là, et, habitant dans le XXe arron­dissement, je passais tout près d’elle tous les jours, quand j’allais de mon logis à mes cours.

On cherche en vain à se consoler en se disant qu’il ne semble y avoir ni perte de vies ni intentions criminelles, mais cela n’amoindrit en rien la douleur.

Chaque seconde passée à contempler ces flammes était une seconde d’une douleur devant laquelle on est à court de mots.

Il est strictement impossible d’être un familier de cette merveille et de ne pas être absolument bouleversé.

Comme si le destin avait voulu être particulièrement cruel, cette tragédie survient à quelques jours de Pâques, la période la plus importante de l’année pour les chrétiens avec Noël.

Je ne suis pas un expert, mais à l’évidence, que Notre-Dame soit située sur une île minuscule reliée au reste de Paris par de petits ponts étroits a dû terriblement compliquer la tâche des pompiers, sans compter la grande quantité de bois dans la charpente.

Avenir

Il est trop tôt pour prendre la pleine mesure des dommages et savoir ce qui pourra être rescapé. Espérons qu’il soit possible de la reconstruire à l’image de l’œuvre qu’on a connue.

Si c’est le cas, il faudra, cela va de soi, rebâtir promptement, avec zèle, sans regarder à la dépense, en y mettant les plus hauts standards de qualité et de respect de l’œuvre originale.

Dans cette éventualité, puisse alors la reconstruction, qui ne devra évidemment pas être laissée à la seule charge de la France, devenir une occasion de nous rassembler autour de l’importance qu’il convient d’accorder au génie humain, à l’art, à tout ce qui était là avant nous et qui doit perdurer après nous.

Mais quoi que la suite réserve, cette tragédie incalculable ne s’effacera jamais.