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CAQ : Frapper le petit monde et aider les grands (1ere partie)

CAQ : Frapper le petit monde et aider les grands (1ere partie)
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

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Se gargariser de beaux principes vertueux

Pour emberlificoter le monde ordinaire, rien de mieux que d’énoncer, avec l’aide de grosses firmes de relations publiques, de beaux grands principes moraux très élevés repris avec enthousiasme par les médias. Prenons par exemple le titre de ces quatre articles publiés dans le Devoir récemment :

- « La CAQ prône un changement responsable » (24 février 2018);

- « Legault mise sur l’adhésion plutôt que l’affrontement » (19 octobre 2018);

- « Legault promet du changement dans l’ordre » (3 octobre 2018);

- « Legault veut incarne un nationalisme rassembleur... et gouverner avec audace » (29 novembre 2018). 

Tout simplement merveilleux, qui ne voterait pas pour ça?

Très courageux pour s’attaquer au monde ordinaire

Est-ce qu’on peut demander aux élus, au patronat et aux préposés universitaires d’arrêter de nous répéter niaiseusement que les coupures en santé et en éducation, les privatisations, les PPP et la sous-traitance, les baisses d’impôts aux riches et aux compagnies accompagnées de juteuses subventions publiques, la déréglementation et les traités de libre-échange, la préséance de l’économie sur l’environnement, etc., ont tous pour but de « moderniser » le Québec et de créer de la richesse qu’ils disent. J’espère que vous ne les croyez pas? Par exemple, la CAQ, pour appauvrir encore davantage les honnêtes chauffeurs de taxi et favoriser la transnationale américaine Uber qui compte plusieurs lobbyistes, il se trouve que François Bonnardel a voté une loi très injuste afin de déréglementer l’industrie du taxi, d’augmenter l’offre, comme s’il n’y avait pas assez de taxis (qu’il augmente donc plutôt l’offre dans le transport aérien régional, l’internet, les raffineries, les pharmaceutiques, les banques, etc., domaines dans lesquels la population se fait voler en toute impunité) eh oui, afin de « moderniser » ce secteur d’activité. À qui ça va profiter, je vous le demande? « Manifestation des chauffeurs de taxi : le ministre François Bonnardel reste “ferme” devant la grogne » (TVA Nouvelles, 5 avril 2019). La CAQ n’en a rien à cirer de ceci : « La détresse est à son comble dans le taxi » (Le Journal de Montréal, 30 mars 2019). L’important est d’aider les gros : « 500 millions $ en subventions à Uber » (Le Journal de Montréal, 21 mars 2019). Tant de courage m’émeut : « Les grèves des taxis n’ébranle pas la volonté du ministre François Bonnardel » (Le Devoir, 26 mars 2019).

Des employés en lockout depuis 15 mois chez ABI

En janvier 2018, l’aluminerie ABI à Bécancour décide, comme ça, de mettre en lockout ses employés, comme l’avait fait Rio Tinto Alcan au Saguenay il y a quelques années de ça. C’est la mode dans cette industrie qui carbure aux aides gouvernementales pharaoniques et aux démentiels taux privilégiés d’électricité. Comme l’avait fait honteusement l’ex-ministre libéral Clément Gignac dans le cas de Rio Tinto, voilà que dans le cas présent du lockout de plus d’un an chez ABI, le « révolutionnaire » premier ministre s’exclame : « Lockout à ABI. Legault blâme le syndicat. Le premier ministre évoque les salaires alors qu’ils n’ont jamais été en jeu dans le lockout » (Le devoir, 3 avril 2019). Tellement courageux et audacieux que notre vaillant premier ministre prenne fait et cause pour la multinationale de l’aluminerie ABI à qui le gouvernement du Québec nous oblige collectivement à payer de nos poches des milliards de dollars à cette compagnie en subventions et en leur donnant presque gratos notre électricité. Une drôle : « La FTQ en pleine lune de miel avec le gouvernement de la CAQ » (Journal de Montréal, 13 janvier 2019). La lune de miel aura été de courte durée. 

Et puis les médecins monsieur Legault?

Qu’attendent François Legault et la ministre de la Santé Danielle McCann pour faire respecter leur promesse électorale de réduire les salaires gargantuesques des médecins spécialistes et généralistes au Québec? Ils sont moins prompts pour s’attaquer aux vaches sacrées du gros et du grand monde? Plus facile de tancer les chauffeurs de taxi, les travailleurs syndiqués, les infirmières, les locataires, afin d’en donner plus à Uber, à ABI, aux propriétaires de maisons et de logements locatifs, aux médecins, à Amazon, à Airbnb, aux dirigeants d’entreprises qui se font payer en options d’achat d’actions, aux pseudo immigrants investisseurs, surtout chinois, qui alimentent la spéculation immobilière et qui fait monter le prix des maisons et des loyers comme à Vancouver et à Toronto, etc.? Je reviendrai sur ces derniers points dans ma prochaine chronique. 

Revenons à nos médecins. À oublier l’idée de la CAQ de vouloir réduire un tant soit peu le salaire annuel de ces pachas. La CAQ n’y tient plus et recule : « Médecins. Pas de gel (tel que promis) des salaires des spécialistes » (Le Devoir, 1er novembre 2018). Pas grave, on va se reprendre sur les travailleurs ordinaires qui n’ont pas les moyens de se payer des lobbyistes, des reportages dans certains médias, des sondages biaisés et des firmes de relations publiques, des universitaires et même des élus ou des ex-élus, comme Lucien Bouchard chez les médecins spécialistes. François Legault avait dit la même affaire en 2011 : « C’est difficile de négocier avec les médecins. La CSN, c’est de la petite bière à côté des deux fédérations de médecins » (« La cause des maux en santé. François Legault prône toujours une approche plus musclée avec les médecins ». La Presse, 23 février 2011). L’approche « musclée » avec les docteurs se fait toujours attendre et ne viendra jamais. Il faut arrêter de rêver en couleurs! C’est mieux pour les élus de lâcher leur « fou » et de se défouler, avec l’aide du patronat et de sa cavalerie, sur les gens ordinaires.

Remettre de l’argent dans les poches de...

François Legault a promis de remettre de l’argent dans les poches des contribuables sans dire à qui? Dans son premier budget, il s’est empressé de faire un beau cadeau de 900 millions $ l’an aux propriétaires de maisons, de domaines cossus, d’immeubles à logement et de compagnies : « Fiscalité. Une mesure au profit des propriétaires. Uniformiser les taux de taxe scolaire coûtera 900 millions, soit 30 % plus cher que prévu en campagne électorale » (Le Devoir, 7 décembre 2018). Et à cet effet, Michel Girard intitulait ainsi sa chronique du 18 mars 2019 dans le Journal : « Le cadeau aux riches propriétaires ». 

Et pour les locataires, travailleurs syndiqués, les chauffeurs de taxi, les infirmières, alors meilleure chance peut-être la prochaine fois, si prochaines fois il y a. À propos de la généreuse baisse régressive et inutile des taxes scolaires de 900 millions qu’il eut été préférable d’investir dans nos services publics plutôt que d’en donner encore et toujours plus aux riches : « Pas de “cadeaux” pour les locataires » et « Pas pour les locataires » (Le Journal de Montréal, 18 janvier 2019 et Le Devoir, 19 janvier 2019). Pas de « cadeaux » pour les locataires, seulement pour les locateurs s’entend. Pas pour les locataires que mentionne le titre de l’article que l’on aurait pu intituler : « Pour les locateurs ». Et dire qu’en 2012, François Legault en avait sorti une bonne : « Les riches paieront plus d’impôt sous un gouvernement caquiste » (La Presse, 17 août 2012). Monsieur Legault devait être distrait quand il a largué cette « joke » plate.

Les infirmières à « boutte »

Je termine ma chronique et je crois que certains n’ont pas compris. C’est quoi l’idée folichonne de s’attaquer aux dodus émoluments des toubibs et de les obliger à prendre plus de patients? Et certains autres, encore plus sautés, qui veulent restreindre la liberté des entrepreneurs de tout faire dans aucun irritant. C’est mieux et plus facile de s’en prendre, pour nos élus, comme cela a toujours été le cas, à des travailleurs qui sont des proies plus faciles. En plus des autres, les infirmières à qui on oblige de faire de l’« overtime » : « Temps supplémentaire obligatoire. Des infirmières brûlées ». Dans ma prochaine chronique, on verra que la CAQ se métamorphose en bon politicien de service avec les gros. Comme le PLQ : pitbull avec la populace et petit minet avec les puissants.