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Combat de boxe historique sans l’usage de leurs jambes

Ce sont les premières femmes en fauteuil roulant à monter dans une arène au Québec

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Une femme en fauteuil roulant montera dans une arène de boxe sept ans jour pour jour après avoir perdu l’usage de ses jambes pour inspirer d’autres personnes handicapées.  

Tamara Bélisle, 26 ans, et Jani Barré, 39 ans, ne portent plus à terre. Le 18 mai, elles deviendront les premières femmes en fauteuil roulant à s’affronter dans un combat de boxe au Québec.   

Elles veulent prouver que tout est possible. Même sans l’usage de leurs jambes.  

Balade en moto  

« Le handicap est là pour rester, mais dans la vie tu peux faire ce que tu veux. Il y a sept ans, j’ai gagné mon combat contre la mort. Le 18 mai prochain, on veut inspirer les gens », partage Tamara Bélisle, de Longueuil. 

Tamara Bélisle
Photo Magalie Lapointe
Tamara Bélisle

 

Le 18 mai 2012, Mme Bélisle faisait une virée de moto avec son conjoint de l’époque lorsque celui-ci a perdu le contrôle de sa motocyclette. Passagère, la femme, qui était âgée de 19 ans, n’a eu aucune chance. Dans sa chute, elle a subi de nombreuses fractures qui l’ont plongée dans un coma de plusieurs jours.   

 Elle souffre depuis de paraplégie incomplète, qui lui cause une importante perte de motricité aux jambes.  

 Impossible de savoir si elle pourra marcher à nouveau un jour.  

« Je réalise que je n’ai pas assez profité de l’usage de mes jambes [quand je l’avais]. Je suis capable de dire qu’il n’y a rien d’acquis dans la vie », murmure Tamara Bélisle.  

Os de verre 

Son adversaire dans le ring en mai prochain, Jani Barré, a pour sa part déjà été victime de 157 fractures. Elle est atteinte de la maladie des os de verre, qui les rend extrêmement fragiles. Ses jambes ne peuvent pas la supporter, d’où l’usage du fauteuil roulant. 

Jani Barré
Photo Magalie Lapointe
Jani Barré

 

Son état s’est tant amélioré, notamment en raison d’un entraînement quotidien, qu’elle peut monter sur le ring. Celle qui a grandi avec un père boxeur promet tout un spectacle.  

Elle est habituée à livrer la marchandise. Le Journal racontait en septembre son parcours impressionnant lorsqu’elle est devenue la première femme à participer au marathon de Montréal en fauteuil roulant régulier et à le terminer.   

Mais au-delà du combat de boxe de mai, Mme Barré espère un jour voir deux autres femmes en fauteuil roulant monter sur un ring de boxe.  

« Pendant des années, j’ai été privée de tout faire. Je veux inspirer des gens autour qui ont des handicaps », conclut celle qui a cherché une adversaire de boxe pendant huit ans avant de trouver Tamara Bélisle.  

Danger  

Même si les boxeuses espèrent faire lever la foule, elles seront prudentes pour éviter les blessures sérieuses qui pourraient hypothéquer leur santé.  

« J’ai même averti Tamara. Il ne faut pas s’arracher la tête. On ne s’en va pas là pour créer un drame, a-t-elle lancé en riant. On va être prudentes. Il n’y aura rien de dangereux. On n’est pas aux Jeux olympiques ! »  

Le directeur technique de la fédération de boxe du Québec, Patrick Denis, a salué le fait que ce sera la toute première fois au Québec qu’on s’affrontera en fauteuil roulant sur un ring.   

Des règles strictes pour leur sécurité  

Les deux boxeuses qui s’affronteront en fauteuils roulants ont fixé des règles strictes pour assurer leur sécurité dans le ring.  

Jani Barré et Tamara Bélisle monteront dans l’arène le 18 mai prochain à Sainte-Marie-de-Beauce pour un combat amateur.  

Si elles veulent prouver que tout est possible pour les personnes handicapées, pas question de le faire au détriment de leur santé.  

Quatre règles maison   

Pour ce faire, les boxeuses ont établi certaines règles uniques pour éviter des blessures importantes :  

  •  trois rounds de deux minutes ;    
  •  aucun coup de poing remontant (uppercut) ne pourra être donné pour éviter de faire basculer les fauteuils roulants ;   
  •  personne ne tiendra les roues des fauteuils roulants ;   
  •  les boxeuses pourront se frapper uniquement au visage.   

De plus, Jani Barré et Tamara Bélisle s’entraînent ensemble deux fois par semaine depuis le mois de février, pour s’assurer d’être en bonne condition physique pour le grand jour.  

Fait cocasse, c’est Mme Barré, dont les os sont fragilisés, qui a montré les techniques de boxe à son adversaire.   

Qui va gagner ?  

 « Elle s’en vient bonne ! Elle m’a frappé avec un très bon coup crochet avec sa main droite lors du dernier entraînement. Je ne sais pas qui va gagner ce combat, mais une revanche est déjà prévue », a lancé Mme Barré. 

Il était primordial que les deux sportives pratiquent ensemble.  

Elles ont même affirmé qu’elles n’auraient jamais accepté un tel combat avec une personne inconnue.  

« On a du plaisir. C’est le fun, car elle me comprend. Si je lui dis que je commence à avoir mal aux épaules, elle comprend. Elle sait que si j’ai trop mal à l’épaule je ne pourrai plus faire avancer mon fauteuil roulant », a spécifié Tamara Bélisle.