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La cathédrale du peuple

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Pleurer pour une cathédrale ? Comment est-ce possible ? À la vue de Notre-Dame de Paris meurtrie par les flammes, mes larmes se sont pourtant mises à couler. Ma Notre-Dame. La Notre-Dame du peuple. De tous les peuples.

Je n’oublierai jamais notre première rencontre. J’avais la jeune trentaine. Premier voyage à Paris. Entrer à Notre-Dame, c’était entrer chez moi et en moi. Le chez-moi de mon imaginaire, nourri par les innombrables classiques de la littérature et du cinéma français que je dévorais depuis mon adolescence. Notre-Dame y était toujours, en vedette ou de passage.

Respirer l’histoire

Entrer à Notre-Dame, c’était respirer l’histoire et la beauté infinie pour s’en imprégner à jamais. C’était retrouver mes racines. C’était me fondre dans l’au-delà. Dans ce refuge à la fois grandiose et intime, c’était aussi entendre l’écho de la foi des miens.

C’était tellement plus grand que moi. Et pourtant, elle me parlait comme si j’étais toute seule avec elle. Avant de m’envoler pour Paris, ma mère, décédée depuis, m’avait demandé un seul souvenir. Elle qui n’avait jamais pu voyager rêvait depuis longtemps d’une médaille bénie de Notre-Dame.

Émotion pure

À mon retour, lorsqu’elle l’a déballée, ma maman s’est mise à pleurer d’une émotion si pure et profonde qu’elle en était contagieuse. Lundi, pendant que Notre-Dame brûlait, moi aussi, j’ai pleuré, comme si ma mère la pleurait à travers moi.

Dans mes boîtes à souvenirs, je suis donc partie en quête de cette médaille. Pour la porter. Pour marquer ce jour à la mémoire de ma mère et de cette première rencontre marquante avec Notre-Dame de Paris.

Comme si un ange gardien – ou ma mère – s’en était mêlé, surprise : la médaille se trouvait dans la première boîte au-dessus de toutes les autres. En écrivant ces lignes, je la porte. Notre-Dame, prends bien soin de tous ceux pour qui ton retour fera monter les larmes. Mais cette fois-là, ce seront des larmes de joie.