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Maternelles 4 ans: les écoles invitées à recruter aussi dans les services de garde

Maternelles 4 ans: les écoles invitées à recruter aussi dans les services de garde
Photo Simon Clark

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 Le gouvernement Legault demande aux écoles de recruter des enfants même dans les CPE et les services de garde en milieu familial pour former les futures classes de maternelles 4 ans. 

 Dans une directive envoyée aux commissions scolaires le 21 mars, la sous-ministre de l’Éducation Sylvie Barcelo a demandé aux commissions scolaires de joindre «un large bassin de parents, et ce, sans égard aux services dont leur enfant pourrait actuellement bénéficier» pour faire la promotion des places de maternelles 4 ans.  

 Au Bas-St-Laurent, des écoles ont ainsi sollicité directement des parents dont les enfants fréquentent des services de garde subventionnés en milieu familial pour combler des places de maternelles 4 ans. Le président de la Commission scolaire des Phares a brandi la consigne du ministère de l’Éducation pour expliquer cette démarche. 

 Le gouvernement Legault assure pourtant, depuis son élection, que le déploiement des classes de maternelles 4 ans se fera en complémentarité avec les services de garde publics et s’adresse aux enfants qui ne fréquentent pas actuellement le réseau. 

 Au cabinet du ministre Jean-François Roberge, on précise que la missive visait simplement à rappeler aux commissions scolaires de faire connaître la nouvelle offre de maternelles 4 ans de la CAQ à un large éventail de parents. «Cette lettre est également conforme avec notre engagement d’offrir le libre-choix aux parents. Pour avoir un vrai libre-choix, les parents doivent être pleinement informés de l’ensemble des services qui leur sont offerts», a-t-on insisté. 

 Talonné par la députée péquiste Véronique Hivon lors de l’étude des crédits budgétaires jeudi, le ministre de la Famille s’est défendu de vouloir mettre en compétition le réseau des services de garde et les maternelles 4 ans. 

 «Si votre enfant de 4 ans ne fréquente pas actuellement un service de garde éducatif, bien peut-être que vous serez intéressé par les prématernelles 4 ans, même si votre enfant est déjà dans un service de garde éducatif, peut-être que vous serez aussi intéressé, l’important c’est de donner un choix aux parents», a insisté Mathieu Lacombe. 

 Pour la députée péquiste de Joliette, cette consigne acheminée aux commissions scolaires est inquiétante. «Ça confirme nos pires craintes, a-t-elle déploré. Ce n’est pas la complémentarité qui est visée par le gouvernement, pas plus que de répondre aux besoins concrets des enfants, mais [...] d’être capable de donner suite à l’engagement non souhaitable du premier ministre et complètement irréaliste de mettre des maternelles 4 ans partout au Québec!»  

 Selon la députée de Joliette, la CAQ met en «concurrence directe» les services de garde éducatifs et les maternelles 4 ans. Puisqu’il n’y a pas d’enthousiasme de la part des parents et qu’il manque d’élèves pour former les classes annoncées, le gouvernement prend les grands moyens pour remplir ses promesses, insiste Mme Hivon. 

 «On se demande vraiment c’est quoi, la grande motivation, si ce n’est que de pouvoir faire un crochet à côté d’un engagement non souhaitable et irréaliste du premier ministre, pour lequel il a mis son siège en jeu», ajoute la péquiste.  

 Cette situation «choque» également la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), Valérie Grenon. «Il y a des appels faits dans les services éducatifs – que ce soit en CPE ou en milieu familial –, des commissions scolaires, pour dire: “On a une maternelle 4 ans, venez inscrire votre enfant”!» 

 Selon elle, le gouvernement veut à tout prix former des classes de maternelle 4 ans, délaissant du même coup le bien-être de l’enfant.  

 Valérie Grenon estime que tout doit être mis en œuvre pour aider les bambins qui n’ont pas accès, actuellement, au réseau des services de garde. «On doit aider les enfants qui n’ont pas d’aide, mais pas ceux qui ont déjà un service de qualité», insiste-t-elle.