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Pitié pour Notre-Dame

Pitié pour Notre-Dame
Photo AFP

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La nouvelle semblait d’abord irréelle. Notre-Dame de Paris brûle. J’ai voulu m’imaginer un petit feu, facilement maîtrisable, anecdotique.

Au bout de quelques minutes, nous avons tous compris que ce qui arrivait était plus grave, beaucoup plus grave.

Notre-Dame

Jusqu’où irait la catastrophe ? Comment une telle chose était-elle possible ? Ces monuments qui traversent les siècles sont justement là pour nous survivre. Ils témoignent de l’aspiration de l’homme à l’éternité. Ils ne se construisent pas en une seule vie. Ils sont l’œuvre des siècles. Il fallait que des hommes voient au-delà de leur propre vie pour envisager leur construction, et y participer.

Et pourtant, pendant quelques instants, on a cru qu’il n’en resterait plus rien.

À Paris, sur quelques ponts, des hommes et des femmes, pas tous de fervents pratiquants, se sont agenouillés, pour prier un Dieu auquel ils ne croient pas toujours, en remettant, on le devine, le sort de la cathédrale dans ses mains. Je les comprends. Au fond d’eux-mêmes, je le sais, ils priaient pour la France.

Ce pays magnifique a été éprouvé par de nombreuses épreuves ces dernières années. Mais cette fois, il est frappé dans son cœur historique. Car Notre-Dame n’est pas qu’une cathédrale comme une autre. Elle symbolise l’Histoire de la France. Elle nous rappelle que la République française fut d’abord la fille aînée de l’Église et que la civilisation européenne est incompréhensible sans évoquer ses racines chrétiennes.

On aime bien se moquer du catholicisme pour y voir un bric-à-brac de croyances irrationnelles. On oublie qu’il portait une vision de l’homme lui permettant d’apprivoiser l’existence par mille rituels et d’accomplir les plus grands exploits.

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La catastrophe qui vient de frapper Notre-Dame rappelle que les Français sont encore, à leur manière, héritiers et même solidaires du temps des cathédrales. L’historien Jean Sévillia, sur Twitter, dans un commentaire à chaud, a bien noté que « l’effet de sidération devant l’incendie de Notre-Dame montre le lien inavoué et parfois impensé qui existe dans tous les secteurs de l’opinion, même chez les plus laïques, avec l’héritage chrétien de la France. Non, les racines ne sont pas mortes ». Il ajoutait : « Cher vieux pays, réveille-toi ».

En d’autres mots, même s’ils se croient détachés du catholicisme, et se croient une fois pour toutes modernes, les hommes de notre temps se savent les héritiers d’une culture qu’ils peinent à comprendre, mais qui les travaille encore.

Espoir !

On pourrait en dire de même pour l’ensemble de l’Occident. Que l’on croie le ciel vide ou habité, nous sentons que l’effondrement du christianisme a déstructuré notre univers symbolique. Et lorsque Notre-Dame brûle, c’est un peu comme si on nous arrachait le cœur. Lundi soir, des millions de Québécois pleuraient Notre-Dame.

On le sait, le pire a été évité. Une bonne partie du trésor de Notre-Dame a été sauvé et la France reconstruira la cathédrale, a dit Emmanuel Macron.

C’est un peu comme s’il disait, à ce moment précis, que sans Notre-Dame et ce qu’elle représente, la France ne serait plus elle-même.

Notre-Dame vivra. Et vive la France !