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Taxis: une fortune pour effacer l’ardoise

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Lundi, avant même que François Bonnardel ait commencé sa conférence de presse pour bonifier son offre, les représentants de l’industrie du taxi avaient déjà dit non. Leur communiqué sur un ton cavalier répudiait carrément l’offre. Pourtant le ministre des Transports venait d’ajouter 270 millions sur la table.

Nous savions tous que le gouvernement ferait face à un casse-tête coûteux un jour ou l’autre. Une industrie où l’État a créé des valeurs artificielles avec un système de permis et qui est aujourd’hui bouleversée par la technologie. S’en sortir allait coûter cher, c’était prévisible.

À ce point-ci, il faut quand même prendre un temps d’arrêt et analyser les chiffres. Avec les 270 millions supplémentaires, la compensation aux propriétaires de permis de taxi s’élève à 814 millions de dollars. Il s’agit d’une somme colossale ! Les porte-parole du taxi ont beau être déçus, inquiets ou en colère, ils ne peuvent pas être aveuglés au point de ne pas mesurer l’ampleur du montant.

Qui paye ?

Cette somme est composée d’un demi-milliard directement tiré des impôts des contribuables, le reste étant issu des contributions des usagers.

D’ailleurs, les nouveaux millions de l’annonce de cette semaine découlent d’une contribution de 90 cents par course.

Cela veut dire que pour les utilisateurs du taxi traditionnel ou des applications concurrentes, le compteur va partir à presque un dollar de plus.

Si la population a une certaine sympathie pour les chauffeurs de taxi, je ne suis pas certain qu’ils soient tous prêts à payer autant pour indemniser les détenteurs de permis. Jusqu’à maintenant, le ministre a subi une pression des propriétaires de permis qui en veulent davantage. Mais lorsque les usagers vont prendre conscience de la nouvelle tarification, il y aura là aussi de la grogne.

Pour mesurer l’ampleur des montants, je rappellerai que dans son dernier budget, le gouvernement a ajouté 280 millions pour le maintien à domicile de nos aînés. Cette somme a été considérée comme un effort considérable.

Dans le cas des taxis, nous parlons de plus de 800 millions pour 8000 détenteurs de permis...

Ailleurs

Les propriétaires de permis de taxi ont beau être en colère, ils peuvent quand même remercier le ciel d’habiter au Québec. Aux États-Unis, l’arrivée de la concurrence des Uber, Lyft et autres a bouleversé le marché davantage et la perte de valeur des permis qui en a découlé n’a pas été compensée par le gouvernement.

À New York, le médaillon de taxi est passé de 1 million $ à 200 000 $. Là-bas, on a introduit une surcharge sur chaque course... pas pour indemniser les taxis, mais pour rénover le métro. Je ne dis pas que c’est un modèle à suivre puisque des tragédies humaines se sont produites, mais il faut quand même rappeler ce fait pour comparer.

Cette modernisation devait être faite un jour. Elle coûte une fortune aux contribuables et aux usagers pour compenser le système des permis. Les propriétaires de taxis feraient une gaffe de ne pas signer.