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Des élus demandent l’armée

La ministre de la Sécurité publique estime toutefois que ce n’est pas encore nécessaire pour le moment

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Des municipalités qui y avaient goûté lors des crues historiques de 2017 demandent à ce que l’armée soit prête à se déployer sur le terrain rapidement dans les prochains jours, en cas de débordements majeurs.   

« Dès que l’armée sera disponible, il y a des missions qu’on pourrait lui confier afin de soulager nos équipes, lance le maire de Gatineau, Maxime Pedneault-Jobin­­­. On ne veut surtout pas de délais d’intervention. »   

« J’ai demandé au ministère de la Sécurité publique que l’armée soit prête à intervenir parce que là, on sait que les inondations s’en viennent », souligne de son côté le maire d’Oka, Pascal Quevillon.   

  • Vendredi matin sur QUB radio, Benoit Dutrizac s'entretenait avec Thomas Blanchet, porte-parole de la sécurité civile au ministère de la Sécurité publique, Évelyne Boudreau, porte-parole du Service de police de Laval et Danielle Pilette, professeure associée au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’École des sciences de la gestion de l’UQÀM:

La ministre Geneviève Guilbault n’a toutefois pas estimé que c’était nécessaire pour l’instant, affirmant que les ressources « suffisent pour le moment ».   

« Nous n’en sommes pas là, a-t-elle indiqué jeudi en entrevue à LCN. Je me suis assurée que les Forces armées ou l’ensemble des partenaires gouvernementaux qui pourraient être susceptibles d’être interpellés se rendent disponibles, au besoin. »   

Découragement  

Sur le terrain, le découragement se fait sentir, alors que de nombreux riverains ont confié au Journal avoir une triste impression de déjà-vu et ne pas vouloir revivre le cauchemar vécu deux ans auparavant.   

« On n’a pas encore fini les travaux des dernières inondations et on doit s’attendre au pire maintenant », déplore Jo-Manuel Rodrigue, citoyen d’Oka.   

La municipalité a été prévenue que le niveau du lac des Deux-Montagnes atteint il y a deux ans sera probablement dépassé lundi prochain. « Certaines personnes qui avaient réussi à sauver leur maison en 2017 pourraient la perdre cette fois-ci », a avoué le maire Quevillon, résigné.   

L’inquiétude est aussi grande à Gatineau, où le souvenir de ces crues est encore bien présent.   

« Cette année, on nous annonce une grosse crue dès dimanche soir, ça ne laisse pas beaucoup de temps », estime Maxime Pedneault-Jobin.   

Jeudi, la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais a indiqué que le débit et le niveau maximal des crues de 2017 pourraient être atteints, ou même dépassés dans les prochains jours. Cet avis concerne les 300 km qui séparent le lac Coulonge, en Outaouais, et la région de Montréal.   

À Thurso, située à 50 km à l’est de Gatineau, le maire Benoît Lauzon s’inquiétait de la montée des eaux de sept pouces dans la journée de mercredi.   

« Si l’eau monte encore de 20 cm, certaines maisons auront les pieds dans l’eau », affirme-t-il.   

Fortes pluies  

Les craintes sont d’autant plus fortes dans la région que d’importantes précipitations sont attendues.   

Selon Environnement Canada, 50 à 80 millimètres de pluie devraient s’abattre d’ici à dimanche sur l’Outaouais, les Laurentides et la Mauricie. Dans la région de Montréal, on parle plutôt de 30 à 50 millimètres et d’une vingtaine en Estrie.   

Grandes marées  

« Si on ajoute ces précipitations à la fonte des neiges et aux grandes marées qui réduisent l’écoulement de l’eau vers l’est, il est probable que certains cours d’eau atteignent des niveaux très élevés », précise Alexandre Parent, météorologue à Environnement Canada.   

Ce dernier ajoute qu’il y a toujours un décalage de quelques jours entre les pluies et les crues, puisqu’il faut du temps pour que l’eau fasse fondre la neige et s’écoule dans les rivières.   

 – Avec la collaboration de Stéphane Sinclair  

Résidences vulnérables à Laval   

Le nombre de logements lavallois qui pourraient être touchés par les inondations est passé jeudi de 825 à 1504, en raison de la hausse des débits et des niveaux d’eau des rivières des Mille-Îles et des Prairies. Les secteurs qui bordent les deux cours d’eau situés en zone inondable 0-100 ans sont placés sous surveillance.   

Remplissage de sacs de sable    

Plusieurs villes organisent le remplissage des sacs de sable, en vue de les distribuer dans les résidences à risque. À Oka, les équipes municipales ont commencé jeudi à s’atteler à cette tâche. À Gatineau, une corvée est organisée vendredi de 10 h à 16 h à l’aréna Beaudry. À Rigaud, la Ville a décidé de ne pas donner de sacs, mais elle laisse du sable en vrac aux citoyens.   

Montréal se prépare au pire   

Les autorités montréalaises s’attendent à des inondations dans les prochains jours et s’attellent aux derniers préparatifs, comme l’installation de digues. « Le pire est à venir », a indiqué Bruno Lachance, directeur du Service de sécurité incendie de Montréal. Les autorités assurent être mieux préparées qu’en 2017, alors que la majorité des digues ont été installées.    

Plusieurs Villes, dont celles de Montréal et Laval, ont déclenché jeudi leurs mesures d’urgence en vue des inondations qui se profilent.   

Inquiétude à Rigaud et Pointe-Fortune   

  

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

 Maison à peine rénovée menacée  

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Photo Valérie Gonthier

À peine rénovée, une résidence de Rigaud endommagée par les inondations de 2017 a été vidée jeudi en prévision de la crue printanière attendue.   

Il y a à peine une semaine, Jenny Giroux (photo) et son conjoint ont enfin terminé les travaux de leur maison inondée il y a deux ans. L’inquiétude les a donc gagnés lorsqu’ils ont appris que les nombreux millimètres de pluie prévus cette fin de semaine menacent de faire gonfler la rivière des Outaouais­­­ devant chez eux.   

Jeudi, une dizaine de proches les ont aidés à remplir des sacs de sable et à les empiler le long de leur résidence, afin de limiter les dégâts. « On se croise les doigts pour que ce soit moins pire que prévu », lance Mme Giroux.   

Le couple s’est aussi résigné à vider toute la maison de ses meubles.   

« En 2017, il manquait huit pouces avant que ça rentre à l’intérieur. Et cette année, on annonce que ce sera pire. Donc on ne prend pas de chance », explique la femme.   

Coïncidence ironique  

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Photo Valérie Gonthier

Le jour même où il était occupé à sécuriser sa maison qui borde la rivière des Outaouais, un couple de Pointe-Fortune a appris­­­ qu’il doit rembourser 4236 $ au gouvernement pour de l’aide financière versée en trop après les inondations de 2017.    

« Les bras me sont tombés quand j’ai appris ça », déplore Roger Hamelin (photo), âgé de 78 ans.   

« On nous a envoyé ça par lettre recommandée mercredi. Disons que c’est un drôle de timing pour recevoir ça », ajoute-t-il.   

La chaloupe est prête  

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

Malgré les avertissements des autorités demandant aux citoyens d’évacuer les lieux, Josée Rochon (photo) préfère mettre ses énergies sur la protection de sa maison. La femme de Rigaud et sa famille ont passé une partie de la journée de jeudi à étendre du gravier autour de la résidence en vue d’une possible montée des eaux.   

« Je crois que la Ville exagère. Malgré tout, je prends ça très au sérieux, on ne quittera pas à la dernière minute, mais tant qu’on peut sauver notre maison, on va le faire, dit-elle. Au besoin, notre chaloupe est prête », ajoute-t-elle.    

Découragé de devoir partir à nouveau  

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Photo Valérie Gonthier

« En 2017, j’ai dû dormir pendant quatre mois à l’hôtel. Ça ne me tente assez pas de revivre ça », déplore Paul-André Larocque (photo).    

Et l’ampleur des travaux à faire en prévision de la montée des eaux décourage le résident de Pointe-Fortune, une municipalité près de Rigaud.   

« Il faudrait que je placarde ma porte-fenêtre, que je dégage mon tracteur et les outils de mon terrain. Juste regarder cela, je suis découragé », lance-t-il en pointant les objets près de son cabanon.