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Irlande du Nord: qu’est ce que la Nouvelle IRA?

Irlande du Nord: qu’est ce que la Nouvelle IRA?
Photo d'archives, AFP

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LONDRES | La Nouvelle IRA, «très probablement» responsable, selon la police, de la mort de la journaliste Lyra McKee vendredi à Londonderry en Irlande du Nord, est un groupe dissident revendiquant par la violence la réunification de l’Irlande et contestant l’accord de paix du Vendredi Saint. 

Création 

La Nouvelle IRA est le résultat de la fusion en 2012 de plusieurs entités autour de l’IRA Véritable.  

L’IRA Véritable avait elle-même été constituée par des membres de l’Armée républicaine irlandaise (IRA) s’opposant au cessez-le-feu décrété en 1997 par l’organisation, et ayant fait scission pour «concrétiser leur vision par la violence plutôt que par la démocratie et la politique», selon Gemma Clark, professeure d’histoire à l’université d’Exeter, interrogée par l’AFP. 

La Nouvelle IRA rejette le processus de paix en Irlande du Nord et l’accord du Vendredi Saint, signé en 1998 pour mettre fin aux «Troubles», des violences qui ont déchiré la province britannique pendant trois décennies, entre républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l’Irlande, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique, et ont fait plus de 3500 morts. 

La Nouvelle IRA est considérée comme une «organisation terroriste» au Royaume-Uni. Elle ne dispose pas de relai au sein des différents partis politiques nord-irlandais. 

Composition 

La police nord-irlandaise estimait en 2012, à sa formation, que la Nouvelle IRA disposait de 250 à 300 membres. 

Elle réunit «aussi bien des Républicains de la vieille école, qui ont une formation militaire et un savoir-faire en matière de fabrication de bombe, que des nouvelles recrues très jeunes, qui n’étaient pas nées lors du cessez-le-feu», souligne Gemma Clark. 

Les plus jeunes «viennent de zones sinistrées, comme le quartier de Creggan où la journaliste a malheureusement été tuée hier», a-t-elle ajouté, précisant qu’ils se sont «radicalisés sur les souvenirs du passé». 

La ville de Londonderry, située à la frontière nord-irlandaise, constitue «l’un des principaux foyers de soutien» à la Nouvelle IRA, selon Kieran McConaghy, membre du Centre d’étude du terrorisme et de la violence politique à l’université de Saint Andrews en Écosse.  

«C’est la deuxième plus grande ville d’Irlande du Nord, elle a une population majoritairement catholique, qui a lourdement souffert de discrimination de la part du gouvernement», a-t-il expliqué à l’AFP. 

Le groupe dispose également de soutiens «au Nord de Belfast et dans le comté d’Armagh», frontalier avec la république d’Irlande. 

Action violente 

Le groupe a été à l’origine de nombreuses attaques contre les forces britanniques, des gardiens de prison et des policiers. Il a intensifié ses activités au cours des derniers mois.  

Le groupe avait revendiqué en mars la responsabilité de colis suspects retrouvés à Londres et à l’université de Glasgow en Écosse. Il est également soupçonné d’être derrière l’explosion d’une voiture piégée, en janvier, à Londonderry. 

En 2012 et 2016, la nouvelle IRA avait également mené deux attaques qui avaient, à chaque fois, abouti à la mort d’un gardien de la prison de Maghaberry, où des dissidents républicains étaient emprisonnés. 

Contexte politique 

Les violences observées dans la nuit de jeudi à vendredi surviennent en amont du week-end de Pâques, au cours duquel les Républicains célèbrent le soulèvement survenu à travers Dublin en 1916, qui avait abouti à la proclamation d’une république d’Irlande, le lundi de Pâques. Ces célébrations donnent régulièrement lieu à des accrochages avec les forces de l’ordre. 

Les tensions ont également été alimentées ces derniers mois par l’incertitude que fait peser le Brexit sur le devenir de la frontière nord-irlandaise, et la liberté de circulation dont jouissent actuellement les habitants de chaque côté de la frontière. 

«La frontière a été le point de convergence de nombreuses de violence pendant la période des Troubles», a souligné Gemma Clark . «C’est un symbole de ce que les Républicains détestent, la partition de l’Irlande». 

L’absence de gouvernement nord-irlandais depuis janvier 2017, causé par l’incapacité des deux principaux partis, le DUP unioniste et le Sinn Fein nationaliste, à s’entendre pour former un exécutif, renforce également l’appréhension des Républicains de voir Londres reprendre le contrôle de la province.