/opinion/columnists
Navigation

Le rapport Mueller apporte son lot de nouvelles questions

US-POLITICS-TRUMP
Photo AFP Le président américain Donald Trump s’est envolé vers Palm Beach, hier, où il doit passer le long week-end de Pâques en famille dans sa résidence de Mar-a-Lago.

Coup d'oeil sur cet article

Loin d’apporter des réponses définitives à toutes les questions, le rapport de 400 pages issu de l’enquête sur l’affaire russe nous force à en poser de nouvelles.

Normalement, au lendemain du dépôt d’un rapport attendu, une chronique devrait répondre avec confiance à des questions bien précises. Pas cette fois-ci.

Au contraire, le rapport Mueller et les réactions qu’il suscite soulèvent des questions qui nous forcent à redoubler d’efforts pour comprendre ce qui se passe chez nos voisins.

1• Pourquoi tant de mensonges ?

Malgré l’insistance du président à claironner son innocence, le rapport expose la montagne de mensonges que Trump et ses associés ont proférés sur leurs rapports avec la Russie.

Pourquoi mentir autant si on n’a rien à se reprocher ? Pourquoi, s’il se croyait sincèrement innocent, le président a-t-il réagi à l’annonce de l’enquête en confiant à ses associés qu’il croyait sa présidence foutue ?

Il y a tellement de mensonges dévoilés dans ce rapport que cela devrait convaincre tout observateur raisonnable qu’il y a eu entrave à la justice, mais l’Attorney General William Barr, soucieux de protéger celui qui l’a nommé à ce poste, a rejeté cette interprétation.

2• Comment l’opinion réagira-t-elle ?

Probablement pas beaucoup. L’opinion ne devrait pas réagir plus à la publication du rapport qu’à celle du résumé publié il y a trois semaines. La polarisation partisane et l’apathie sont telles que l’information nouvelle sera interprétée en termes partisans par les Américains politisés et ignorée par les autres. Si les électeurs centristes abandonnent leur appui mou à Trump, toutefois, la prochaine question deviendra plus importante.

3• Pourrait-on destituer le président ?

Les leaders démocrates du Congrès ont étouffé cette option depuis l’élection de mi-mandat, mais la question de la destitution reste ouverte. En l’absence d’une preuve bétonnée, le procureur Mueller a laissé au Congrès le soin de trancher.

Les pères fondateurs américains n’hésiteraient pas à dire qu’un président qui a accepté l’aide d’une puissance étrangère pour se faire élire et monté ensuite un tissu de mensonges pour cacher l’affaire mériterait la destitution, et ce, même si une preuve criminelle ne peut pas être établie hors de tout doute. Les temps ont bien changé.

Même si les faits relevés par Mueller coulaient la plupart des politiciens, les républicains se réfugieront derrière l’interprétation légale étroite de William Barr, sauf si l’opinion perd ses ornières partisanes, ce qui est improbable.

4• Où est la limite pour Donald Trump ?

Il l’a dit : il pourrait tirer quelqu’un au milieu de la Cinquième Avenue et ses partisans resteraient avec lui. Il a défié toutes les normes et toutes les conventions. Il est impliqué dans deux crimes pour lesquels son ancien avocat ira en prison, il collectionne les conflits d’intérêts et les scandawles, mais ses partisans lui vouent un culte inébranlable qui empêche les républicains de lui tenir tête.

Si tous les gestes et tous les mensonges dévoilés par le rapport Mueller sont banalisés et accueillis par presque la moitié des Américains avec un simple haussement d’épaules, où est la limite ? Cette question reste ouverte.