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Faut-il brûler les grandes écoles ?

Faut-il brûler les grandes écoles ?
AFP

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Emmanuel Macron veut supprimer l’École nationale d’administration (ENA) de la France, s’il faut en croire des informations qui circulent. Cette école, une des plus prestigieuses au monde, forme depuis 1945 une grande partie des élites administratives françaises. Dans la foulée, il pourrait aussi supprimer d’autres grandes écoles. Selon les plans de Macron, l’ENA serait remplacée par une École des services publics qui recruterait davantage dans les toutes les sphères de la société.

Les grandes écoles sont des établissements universitaires qui sont supposées former les élites du pays dans divers domaines. En théorie, les étudiants y sont admis sur concours, uniquement au mérite. 

Des écoles pour les privilégiés

En réalité, ces écoles recrutent de plus en plus parmi les enfants des élites. Au fil des ans, l’ENA est devenue de plus en plus élitiste, dans le sens où plus de 70% de ses nouveaux élèves sont des enfants de cadres.

Les diplômés des grandes écoles ont tissé à travers la société française des réseaux corporatistes malsains qui tendent à exclure les diplômés des universités. Il est fréquent que de jeunes français parfaitement compétents pour un travail se fassent refuser un poste sous prétexte qu’ils ne sont pas diplômés d’une grande école.

Des fonctionnaires loin du peuple

L’ENA est aussi accusée de former des fonctionnaires qui sont de plus en plus détachés des préoccupations réelles de la population. Il est vrai que les grandes écoles offrent en général des conditions d’étude bien plus avantageuses que celles des autres établissements d’enseignement supérieur. La formation qu’elles dispensent est souvent de meilleure qualité que celle des autres établissements d’enseignement, ce qui tend à renforcer un sentiment de supériorité parmi les diplômées des grandes écoles.

Une société de privilèges

Mais le problème des grandes écoles est profond. Il touche les racines de la société française. C’est que d’une certaine manière, la Révolution française n’a pas aboli les privilèges dont jouissaient la noblesse, elle les a redistribué à différentes catégories sociales. 

Contrastes entre la France et le Québec

A cet égard, le contraste entre l’Amérique et l’Europe est saisissant. En France, la mobilité sociale est faible. Au Québec elle demeure forte. En France la provenance des diplômes est essentielle dans la sélection des candidats. Au Québec, cette provenance ne joue qu’un rôle marginal. En France, les étudiants posent peu de questions aux professeurs et ils n’osent pas débattre avec eux. Au Québec, les questions des étudiants sont les bienvenues et les critiques sont encouragées. 

Respect et excès

En France, ce respect extrême de l’autorité conduit parfois à une attitude revancharde chez ceux qui enfin accèdent à des postes d’autorité. Il exacerbe les tensions sociales chez ceux qui sont se sentent injustement bloqués dans leur ascension sociale, comme chez une partie des Gilets jaunes, qui rejettent alors en bloc toute autorité.

Le Québec souffre plutôt de l’excès inverse, c’est-à-dire d’un manque de respect envers les autorités. Ce manque de respect peut déboucher sur des phénomènes comme l’anti-intellectualisme et le mépris de la culture plus soutenue.

Ce qui risque d’arriver

Quoiqu’il en soit, l’abolition des grandes écoles, en particulier de l’ENA, ne règlera pas le problème des excès de privilèges qui gâtent la société française. Le système des privilèges empruntera de nouvelles voies. Mais en contrepartie, les Français risquent de perdre des établissements d’enseignement supérieur de haut calibre.

La solution ?

La solution ? Financer davantage les universités, y diminuer la taille des groupes et renouer avec une tradition plus humaniste des universités. Mais cette solution ne portera pas fruits avant plusieurs années.

Soit dit en passant, le Québec et le reste de l’Amérique évoluent tranquillement vers le modèle français, ce qui est inquiétant.