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Le Vendredi saint: 35 ans après

Nordiques de Québec
Photo courtoisie La bataille du Vendredi saint, sale et dégueulasse, a marqué la rivalité entre le Canadien et les Nordiques, le 20 avril 1984 au Forum.

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Ce matin, le 20 avril, on célèbre le 35e anniversaire d’une bataille qui a marqué les mémoires de tous ceux qui l’ont vue en direct et les souvenirs de tous ceux qui y ont été impliqués.

La bataille du Vendredi saint. Au Forum de Montréal. Un vendredi, évidemment. Le 20 avril 1984.

Une bataille qui a éclaté à la fin de la deuxième période du sixième match de la série entre le Canadien et les Nordiques. Une bagarre sale et dégueulasse.

Puis, dans une confusion totale, les joueurs sont revenus sur la patinoire après l’entracte pour reprendre de plus belle les bagarres et les combats partout sur la patinoire.

Mark Hunter contre son frère Dale. Richard Sévigny, le gardien du Canadien, contre Hunter, des bagarres où on roulait enlacés sur la glace, un arbitre, le vétéran Bruce Hood, qui avait complètement perdu les pédales. Chris Nilan qui frappait par derrière le visage de Randy Muller.

Un coach, Jacques Lemaire, qui avait utilisé toutes les informations qu’on lui avait transmises entre les deux périodes pour mieux « diriger » les bagarres.

Dale Hunter expulsé, Peter Stastny, nez cassé par Mario Tremblay, Jean Hamel, mis knock-out, nez cassé et épaule disloquée par son ami et cochambreur la saison précédente avec les Nordiques, Louis Sleigher, René Lecavalier qui avouait « ne pas trouver les mots », Michel Bergeron furieux devant la tournure des événements, ce Vendredi saint était devenu un vrai calvaire.

C’ÉTAIT DÛ POUR ARRIVER

Michel Bergeron n’a rien oublié de cette soirée qui fait partie des souvenirs « honteux » du hockey.

« C’était dû pour arriver. Ça faisait des années que la pression montait. Les journalistes, les partisans, les joueurs, les brasseries, les directions, les réseaux de télévision, c’était intenable. Le Vendredi saint aura été le point culminant. Après, on a réalisé qu’il fallait éviter le pire, qu’il fallait calmer le jeu », de raconter Bergeron après toutes ces années.

Il se souvient de tout. De la ruée de Richard Sévigny, déjà expulsé du match, contre Dale Hunter. Du pauvre Jean Hamel qui n’a plus jamais joué dans la Ligue nationale après cette saison. De Bruce Hood, un expérimenté arbitre complètement dépassé par les événements, qui a été poussé à la retraite après le Vendredi saint.

« Entre la deuxième et la troisième, c’était la panique dans la chambre des arbitres. Brian O’Neil, le vice-président de la Ligue nationale, m’avait crié d’envoyer les joueurs sur la patinoire même si je ne savais pas lesquels étaient expulsés. L’annonceur maison, qui ce soir-là remplaçait Claude Mouton, était mêlé lui aussi. Le résultat, c’est que j’ai perdu Dale Hunter et Peter Stastny, et que Jacques Lemaire, avec son petit sourire, n’a perdu aucun bon joueur. On menait 1-0 au début de la troisième et on a fini par perdre 5-3 », de raconter Bergeron.

J’étais à ses côtés après l’élimination des Nordiques. Livide, Bergeron avait sorti de la poche de son veston un petit livre des règlements de la LNH. Il l’avait regardé, puis, d’un ton ulcéré, il l’avait jeté dans une poubelle : « Ça donne quoi d’avoir un livre de règlements. Ils ne le respectent pas », avait-il dit.

Il aurait vomi tellement il était révolté.

D’AUTRES SOUVENIRS

Les années ont passé. Louis Sleigher n’a jamais eu l’occasion de discuter de cette histoire avec Jean Hamel. Les joueurs impliqués n’aiment pas trop revenir sur ce passé qu’on préfère enfouir.

De nombreux journalistes de l’époque ont pris leur retraite ou sont morts. René Lecavalier, Richard Garneau, Lionel Duval, Marc Simoneau, Albert Ladouceur, Claude Larochelle, Claude Cadorette, Ghislain Luneau sont décédés.

Ceux qui ont couvert l’incident s’en rappellent. Tom Lapointe, un ancien de La Presse et du Journal de Montréal travaillait pour CKVL et Le Soleil ce soir-là.

Quand je lui ai parlé, hier, à Los Angeles où il réside, il m’a rappelé que les deux équipes avaient leur propre réseau de télé et de radio pour les matchs.

« Ça veut dire que Claude Quenneville devait décrire pour Radio-Canada et que c’est le jeune Sylvain Hallé qui était aux commandes pour CHRC », dit-il. Mais Michel Bergeron pense que c’était plutôt André Côté et Michel Villeneuve.

Vérification faite, le tandem Côté et Villeneuve était en ondes pour la radio CKCV de Québec, et Tom Lapointe participait aux émissions de CKVL à Montréal.

« Je n’ai jamais oublié cette soirée. Le lendemain, on avait tous regardé la reprise des incidents à Radio-Canada. Une telle bagarre générale ne pourrait plus se passer, les gars se retrouveraient en prison », soutenait hier Michel Villeneuve.

« Et quelques journalistes aussi », d’ajouter Michou, en riant.

Il devait penser à Alain Chantelois ou Pierre Trudel, les ennemis naturels de Villeneuve... à cette époque folle.

Aujourd’hui, tout est plus lisse, plus huilé. Les amis du Canadien sont heureux à la radio et à la télé. Les fans de tout le Québec n’ont pas le choix. Ils sont à la botte du CH.

Il y a 35 ans. Pour les milléniaux, aussi bien dire avant la création du monde.

DANS LE CALEPIN – En fin de journée, hier, Camille Estephan travaillait toujours à trouver un adversaire à Steven Butler. Il a soumis deux autres noms à la commission athlétique du Nevada. Les 12e et 13e. Comme le dirait un de mes amis particulièrement informé, cette histoire sent l’arnaque à plein nez. Et c’est à Vegas que ça sent fort.