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Quand on aime un peu, beaucoup, à la folie...

David Foenkinos
Photo courtoisie, Francesca Mantovani

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Placées entre les mains de l’écrivain français David Foenkinos, les ruptures amoureuses peuvent parfois déboucher sur des histoires terribles. Deux sœurs, son nouveau roman, en témoigne.

D’un roman à l’autre, David Foenkinos a souvent le tour de nous surprendre. Car s’ils se suivent, ses livres sont très loin de se ressembler. « J’aime bien ne pas faire ce que j’ai déjà fait, explique-t-il d’emblée. La délicatesse était sentimental, Charlotte était sombre, Le mystère Henri Pick était une comédie littéraire et là, j’avais envie de m’atteler à un thriller psychologique, à un huis clos un peu angoissant. »

Dans Deux sœurs, son tout nouveau roman, il commencera ainsi par raconter ce qui va transformer en véritable tragédie la vie paisible de Mathilde Pécheux, une prof de français adorant son boulot d’enseignante. Mais ce que cette femme sans histoire aime encore plus ? Étienne, l’homme avec lequel elle vit depuis cinq ans et qui, au cours des dernières vacances d’été, lui a confié être prêt à se marier et même à avoir des enfants. Avec elle, bien sûr !

Un beau jour – façon de parler parce qu’en réalité, cette journée sera carrément horrible ! –, Étienne va cependant lui annoncer que tout est fini entre eux, qu’il va la quitter. Et n’ayant absolument rien vu venir, Mathilde perdra totalement pied. Incapable de continuer à fonctionner normalement sans Étienne à ses côtés, elle s’enfoncera peu à peu dans les eaux troubles de la dépression. « J’avais envie de parler de la rupture amoureuse, mais d’une manière extrêmement violente, précise David Foenkinos. Une rupture amoureuse qui ferait aussi mal qu’une mort, qui serait aussi dévastatrice qu’une déflagration. Quand quelqu’un nous dit “Je ne t’aime plus”, on ne peut pas agir contre ça, on n’a aucune marge de manœuvre. C’est la fatalité. »

De l’autre côté du miroir

David Foenkinos a eu la chance de ne jamais avoir connu ce genre de fatalité. « C’est assez étonnant, mais j’ai plutôt vécu un bonheur amoureux et je pense que j’ai expérimenté la peur de perdre cet amour, poursuit-il. J’ai compris ce que ça pouvait représenter comme dévastation de perdre quelqu’un qu’on aime. »

Au fil des jours, Mathilde, qui n’arrive plus à dormir, à manger ou à donner ses cours, se laissera donc dépérir. À tel point que, le temps qu’elle retombe sur ses pieds, sa sœur Agathe se sentira obligée de la recueillir dans son petit appartement parisien. Un petit appartement où vivent aussi son adorable mari Frédéric et leur fille Lili, qui n’a encore que quelques mois. Faute de place, Mathilde devra d’ailleurs partager la chambre de sa menue nièce, ce qui, hélas, ne fera qu’exacerber sa rancœur. Parce que si Étienne ne l’avait pas plaquée, elle aurait peut-être été enceinte à l’heure qu’il est. Et du coup, elle aurait elle aussi pu avoir une vie de famille aussi agréable que celle de sa sœur.

« Il y a un autre thème, dans ce livre que j’ai écrit d’une manière presque pulsionnelle, souligne David Foenkinos. Se retrouver face au film de la vie qu’on aurait pu avoir. Pour Mathilde, avoir le bonheur de sa sœur au visage rendra ainsi les choses encore plus dures. »

Jusqu’où va-t-elle aller ?

Comme il le dit lui-même, Deux sœurs est en quelque sorte la version noire de La délicatesse, qui mettait également en scène une jeune femme ayant brutalement perdu l’homme de sa vie. Mais contrairement à l’héroïne de ce sympathique roman publié en 2009, Mathilde sera rapidement habitée par de bien drôles d’idées, réussir à surmonter son chagrin lui paraissant pratiquement impossible, surtout si elle est la seule à souffrir...

« Mon principal défi a été d’aller au plus juste et au plus profond de ce qu’elle pouvait ressentir, ajoute David Foenkinos. L’effroi, l’espoir, la violence, l’injustice, l’envie, la jalousie... Je voulais aborder toutes ces variations, toutes ces réactions possibles. On va donc voyager avec Mathilde en se demandant jusqu’où elle va aller, quelles vont être ses limites. »

Un voyage mouvementé au cœur du deuil amoureux qui nous entraînera rapidement au bout de la nuit. Car parfois, il peut y avoir bien pire qu’une rupture...

<b><i>Deux sœurs</i></b><br>
David Foenkinos, aux Éditions Gallimard, 176 pages
Photo courtoisie
Deux sœurs
David Foenkinos, aux Éditions Gallimard, 176 pages